mercredi 22 août 2012

Ichtyor Tides - Mortisle Elytrion

Lors de mon codage, quelque chose a raté. Inclure la réalité augmentée à ma rétine pour me résoudre à ne rien comprendre. Les plantes - du moins les rares qui s'obstinent à vivre, les nuages de grès, le ciel de plomb, ne sont pour moi que des pixels. Les êtres, non plus vivants mais plutôt habitants, se résument à une tripotée d'informations digitales erronées.
Je suis une production.
J'espère ne pas être un produit.

Le ciel est bleu. Enfin je crois. On m'a dit qu'il était bleu comme cette fleure... le coquelicot. Il est bleu.
De toute manière, de quelle couleur pourrait-il être ?
J'aime écouter les autres se taire. Entendre le cheminement de leur souffle mécanique à travers leur poitrine vide où rugit l'essence. Il fonctionne même au zéro absolu.

Fléchir : le Dictionnaire le décrit comme un synonyme de "réfléchir". Plus personne n'utilise ce mot. Il n'a sûrement pas survécu au zéro absolu.
Ni aux salutations dégingandées dans l'escalier. Il est plein de moustiques. J'adore les laisser s'attaquer à mon substitut de peau. Descendre. Les bras écartés - et ne former qu'une croix. La vermine sur mes épaules. Toujours plus bas. Sentir le bitume et l'accepter comme son sauveur. Sentir sa couche artificielle de parfum réchauffé. Ne pas l'accepter. Traduire.
J'aimerais pouvoir me flétrir. Brancher mes fils et pénétrer l'univers. Vider mon âme et vendre ce corps que je n'ai pas.
Naître dans l'éclair insensé d'une erreur me donne plus de raison d'être que tous ces gens prévus et voulus.
J'envie seulement leur non-être. D'homme je veux devenir chaîne.

Reification. Au fond c'est ce que tout le monde veut. C'est la cause première de la mort. Devenir une chose, dans une boite. Ou jetée à la mer.
Il va bientôt falloir que j'aille dérouler les vagues.
J'aime voir les gens inertes. Les choses inertes. Les vagues inertes. Je n'irai pas les déplier aujourd'hui. Car c'est ici que la beauté réside. Dans ces murs vivants de leur inaptitude à exister. Bien plus qu'un homme.
Et suppositio nil ponit in esse.

Peau : Ce matin j'ai décidé de me l’arracher. Plus de légèreté. A vif, piqué par la prison que se révèle être l'infini. Inhibé. Ne plus rien sentir. Devenir le non-vivant, qui se meut comme la pierre.


Ichtyor Tides est un projet français entre l'indus, le drone, l'ambient et la noise incorporant à sa musique de la poésie. Non seulement la musique, plutôt rythmique, est en elle-même intriguant et parfaite pour qui a une imagination digne de ce nom (!), mais les passages narrés de poésie urbaine sont tout simplement magnifiques. Entre haiku et désespoir scandé, IT dit se sentir proche d'Arnold Böcklin, à raison.
Un travail sur la dystopie qui nous la montre sous un angle froid, dénu(d)é d'artifices, mais splendide en ceci qu'elle peut créer les pensées les plus vivantes.

Le CD (ltd.100) est sorti chez le label INVIDATION.
Avis aux amateurs de musique / poésie !! Chaudement recommandé.

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