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lundi 13 août 2012

Tele.s.therion - Hinthv Ritvvm


Tele.s.therion. Un nom plus qu'étrange pour un projet d'acousmatic black metal mené par .S., chez RadicalMatters Editions.
Le nom est en réalité "Teleth . Sigelion. Therion".
Voici quelques clefs pour déchiffrer cette œuvre de musique contemporaine... (si la flemme vous emplit, partez directement écouter en bas de l'article!)



     
.τελετη.
Le Teleth est en grec la cérémonie, le culte, le fait de vouer un culte.
       .
.σιγελιον.
Sigelion serait, dans l'occultisme, le dieu - grec - // incarnation d'Horus (?) du Silence.
La parole est d'argent, le silence est d'or.
      .
.θηρίον.
Therion est la Bête de l'Apocalypse. Le nom en lui-même est déjà un sceau (sigil) sur lequel je vous laisse méditer. Trois termes qui, mis ensemble, sont sujet à une interprétation personnelle qui vous mènera à appréhender la musique sous un certain angle.

"As in the Eleusinian Telesterion, the listening become a physical action, it could be fixed like you fix the sound. The quality of the Silence is the set-up where the sound is propagated, the silence could be “designed” in its “quality”, as reflecting or absorbent; through the Silence it’s possible to manipulate the sound during recordings music."

Tele.s.therion est un projet qu'il serait possible de qualifier de sigillaire. L'entité se revendique de l'Ars Echemythia, soit le vœu de silence Pythagoricien - rite de passage pour entrer dans l'école de pensée et de vie Pythagoricienne. Ceci est lié à Pierre Schaffer, pionnier de la musique acousmatique, qui avançait que l'akousmatikoi était le cercle des disciples de Pythagore, ces derniers ne l'entendant parler que depuis derrière un voile. Voile que seraient ici les enceintes.
Ce rite commencerait donc par le silence, comme tout rituel. Du Chaos (Χαος, le Dieu primordial), de la faille ouverte, naît irrémédiablement la vie.
Une musique qui se tait car elle est la naissance de votre esprit, mais aussi le produit de cette dernière. Rien en elle-même. Rien si ce n'est des vibrations, des pulsations, des chuchotements concrétisés, coulés mais volatiles. Comme le shaman inhalant les vapeurs de volcan et l'augure s'ouvrant à l'etrusca disciplina, Tele.s.therion est un appel aux divinités chtoniennes (χθών, en grec "la terre").
Hinthv Ritvvm s'axe aussi sur différents manuscrits - ce qui n'est pas sans rappeler le travail d'Aleister Crowley.
Le Liber Linteus Zagrabiensis (un calendrier étrusque donnant des lieux et dates de rituels afin de prier les Dieux, pas entièrement déchiffré), la tablette de divination Liver - Piacenza, étrusque elle aussi, ainsi que divers manuscrits occultes sumériens. Ceci ferait cette fois bien plus penser au travaux récents de Michael W. Ford, occultiste étudiant la magie (du proche-orient) sous l'angle de l'adversité, de Lucifer [dieu porteur de lumière et de connaissance, "l'étoile du matin", Venus] afin de dégager la puissance par la connaissance.
Tele.s.therion pourrait être l'incarnation musicale de ces travaux, par un principe acousmatique et concret.


Hinthv Ritvvm est la bande-originale de la voie vers les Profondeurs. Le projet propose deux CDs, à écouter de préférence simultanément sur deux chaines hi-fi afin de créer sa propre expérience en lançant le deuxième CD au moment que l'on veut, et à la force que l'on veut. Ayant lancé les deux en même temps, haut-parleurs devant et derrière moi, très fort, je ne peux que vous recommander cette expérience hors-norme. La puissance d'immersion est supérieure qu'au casque, et il faut avouer que le mélange Black / Doom / Drone, avec du chant crié, tibétain, chuchoté, couplé aux basses qui font penser à des chutes de pierres a son petit effet. Le sol s'écroule sous le poids de l'univers en chute libre.
Le chemin des abysses se révèle, et il n'est pas aisé de placer un pied devant l'autre sans frissonner. Les créatures autour de vous sont des chimères sans visages. Et pourtant cette angoisse a un goût délicieux de mystère. Le son s'arrête, et le silence qui le suit n'en est que plus irréel.
Car tout est consumé.

Le rituel est mené par .S. et Lunurumh (aka Astral Lueur). Le duo vous mènera dans la magie acoustique la plus troublante et intrigante que vous ayez jamais vu.
Préparez-vous, car l'Apocalypse est personnelle, et cet enregistrement en est un zest détonnant.
Plus qu'à l’œuvre de Schaffer, Tele.s.therion me rappelle beaucoup le compositeur français Edgard Varèse. Tous deux s'expriment d'une manière ovniesque.

Le digipack avec inserts, etc. est vendu chez RADICAL MATTERS EDITIONS.
Et voici une page où vous pouvez écouter cet HINTHV RITVVM en stream, avec en prime une mini-console de mixage !
Soutenez-le car son travail est monumental.

lundi 2 avril 2012

Alva Noto // A.Moor // A-J.Chaton - Décade

Les "pop", les "clac", les "bip". Autant de craquements que l'oreille s'est habituée à écouter avec les bobines des vieux films. Recherches minimales. Concrètes. Electro. La pureté de la musique, retour dans le passé, dans le son d'un monde sur écran, muet. Le film. Mémoire sourde, ancrée dans chaque mémoire. Ces "clics", ces "shhh". Reconstruction musicale de bruits, inexistants au quotidien, mais inévitablement liés à lui par les pellicules qui l'ont filmé. Cet "infini du silence matérialisé" comme dirait Éric Loret.

Huit jours pour une décade.

Alva Noto nous y a habitué, à cet étrange froideur, depuis les années 2000. Son dernier né Univrs en est l'exemple flagrant. Des pops doux, éphémères, des rythmes simplifiés, musique désincarnée et sans aucun artifice. Machinal, mais pourtant si humain. Source de la musique, simplifiée, simplifiée, simplifiée, qui tente par moments de s'extraire de sa condition, de muter dans son carré de 0 et de 1.
Mais DÉCADE n'est pas uniquement Carsten Nicolai. C'est aussi Anne-James Chaton (poète sonore qui a travaillé avec The Ex, Carsten...) et Andy Moor (The Ex). Réunion de fidèles, donc.

Alva Noto s'écarte de ses plongées habituelles dans un océan de "chhh" décharnés. Ou plutôt, il conserve son style, mais l'oriente vers un nouveau genre.
Là où Univrs était vraiment une néantisation de la musique, ce nouveau travail s'oriente vers des sphères beaucoup plus contemporaines. Il tirait et revenait à l'essence du son, puisant dans les rythmes millénaires (la musique - humaine du moins - vient de la percussion). Aujourd'hui, ce trio s'oriente vers ce que j'aurais l'audace d’appeler de la "cinématographie sonore". Bruissements Kodak et coupure de courant dans la salle.
Cinématographie à cause du travail sonore de C.Nicolai, donc, mais aussi à travers le travail de poésie de A-J.Chaton. Le spoken-word prend une tournure étrange, mi-anglais mi-français, avec un accent troublant (quelle voix, ce monsieur Chaton!) et même certains textes en japonais. Une histoire décousue du quotidien. C'est glacial, c'est machinal ; routinier.
On sent la petite patte de The Ex, aux guitares. Discrètes mais inspirées.
La tristesse pratiquement nihiliste des déplacement d'un homme, qui vit. Qui vit pour vivre. Il est. Il bouge. Il voyage. Parfois, il téléphone.
Glaçant.

Une œuvre assez totale, assurément urbaine. Éthérée. Musique contemporaine minimale teintée de post-punk.
On se sent coincé dans les rails d'un métro, à écouter ce dernier passer, revenir, repasser. Sa bio à la main. Une bio où il n'y a rien. Sauf des moments que l'on pense insignifiants de notre vie, et qui pourtant la constituent.
Si vous n'avez pas peur des explorations sonores, chaudement recommandé.

Débrouillez-vous pour trouver.