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samedi 6 avril 2013

Le Caveau de l'Empereur VII

L'Imperatør est de retour, pour vous jouer de mauvais tours !
...
Bref, sans plus de cérémonie, reprenons nos bonnes habitudes et envoyons-nous une bonne dose de pus bien dégueulasse dans les oreilles.


jeudi 4 avril 2013

Semilanceata - En wallmoburen myhr, där döön grödha mellom bitter root ok frucht

"A poppyattired mire where death germinates among acrimonious roots and fruit." (Semilanceata)

Dans le coin, là-bas dans l'ombre, l'être difforme, deux doigts tout au plus, m'observe. Ses mouvement soudains m'effrayent, il me fixe - même si je ne puis distinguer ses pupilles dans le noir - en mâchonnant sa propre salive. Cela produit le bruit d'un cafard flytoxé. Il est recroquevillé, maigre à en mourir, et bien que je sache qu'il ne me sautera jamais à la gorge sa présence me tétanise. Dans le coin du parc d'attraction désaffecté de Pripiat, près de Tchernobyl, aux tobbogans-gueules de lapin béantes, le "Tunnel of Love" toujours aux petits néons roses, mais couvert d'herbes, et décrépit au possible. Il reste des enfants, contrairement à ce que l'on peut penser. Hydrocéphales, ou cancéreux dès le plus jeune âge. Mais il en reste et, n'ayant pris aucun organisme de voyage, je me confronte à la faune, à ces derniers humains fleuris de nucléaire, les bras fins comme des crayons et la peau noirâtre, ou les yeux à la mauvaise place. Ce n'est pas dans l'ordre des choses ; cette ville transpire l’hérésie.
Tout est recouvert de plantes, ici, verdi et couru presque uniquement par des chiens errants. La population locale semble survivre, bien que le taux de mortalité ait largement connu un pic, mais ne semble avoir aucune coutume si ce n'est des actes de barbarie primaire et une culture rudimentaire de la flore que je ne prendrai pas la peine de relever.
Il n'y a que Poncho (je l'ai appelé comme ça car il revêt toujours un long sac plastique bleu sur lui), qui semble perpétuer un semblant d'art, de ses doigts montés à l'envers sur ses mains. Il a un problème œsophage, et ne communique ainsi que par le regard - ce qui je dois le reconnaître est très troublant, aux vues de ses pupilles bleues perçantes. Poncho joue d'une sorte de guitare désaccordée à un doigt, sur des accords bien précis - bien que je ne les connaisse pas. Sûrement une vieille Rodriguez, le manche voilé et les cordes rongées. Il s'agite en rythme, les chaines qu'il porte sur le dos formant un genre de percussion damnée. Étrange ultime coutume du lieu, comme un rappel à une humanité qui oublie ses propres enfants. Je suis resté là, des heures, à réécouter cet enregistrement sauvage que j'en ai pris, sur mon vieux transistor.




Semilanceata est très spécial. Une folk réduite à la simplicité la plus débilitante : une "guitare" complètement désaccordée, un vieux tambour / batterie et quelques artifices analogiques comme des bruits de chaîne - ou apparentés. Représentant dégénéré d'une freak folk déjà spéciale, il en arrive en fait au troublant. Un digne héritier des Légions Noires, opaque, dissonant, comme l'est en son genre la noise : débile au sens propre du terme, mais convaincante. Oh dieu que Semilanceata l'est, En wallmoburen myhr... fait frissonner, et je ne peux m'empêcher de me dépeindre des paysages sortis du Stakler de Tarkovski, ou d'un La Colline a des Yeux en opéra grandeur nature. Un rejeton bâtard s'exprime, soyez prêt à en ressortir glacé.

samedi 23 mars 2013

G O N E - The Circle & The Darkling

Le minimalisme glaçant de notre entourage. Celui-là même qui, aimant, nous brise d'un regard ignoble. Tristement soudain extérieur. A l'offrande matinale d'organes en mort, d'une grisaille sur l'Est. Les nouvelles sont misère et assombrissement. Des cordes claquent sur des dos à vapeur, un triste âge, ancien, noirci et bien que sans dialogues, peu blanchi.

Western-spaghetti refroidi - de cendres. Mettre le feu aux flammes, et, oh. A l'intérieur mon enfant se bat pour réintégrer mon corps. Il jette aujourd'hui, encore, des lasers de ses yeux, et coud la bouche des grands. Sur les routes, les passages de clous, les traces de pas sur les bandes blanches. Le bitume angoisse, torture et floute. La chaleur soporifique de ses pores. Amusement usé à y faire grandir l'absinthe. La peau de la tristesse au couvert, à la table du démon, les mains sales, adieu.

Et puis ta solitude. La dureté, la fin, avale encore. Sous le sable écartelé, chaque graine inféconde remuée par la mer appelle minuit. L'heure des obscures, de la blacklodge, passés pour morts et l'arme à gauche. Nation de sinistres à l'heure, attardés du malin ou piégés dans un cœur d'or. Grands soufflés des eaux âmeres. Aux femmes infidèles et aux ruisselants ; tous à mourir dans les cimetières familiaux. Anéantis par leur propre manque, ne pas être ou ne pas être.
Stopper les rêves : PAUSE. Entraînement au néant des violences, et se lover dans un loop infini. Cette étrangeté à ma recherche me tétanise. Encore un réveil dans un corps inanimé, l'esprit en chaine, du fordisme à même le corps. Les hauts-talons d'Achille, post-nucléaires, nous sommes tous morts, en reposant la pomme d'Adam. Nature is a language. It's a test.



G O N E a sorti avec The Circle is Open but Never Broken et The Darkling deux disques qui méritent une grande reconnaissance. Tout d'abord par son univers, très singulier. Sombre et mignon, sans trop d'espoir mais arrivant à réchauffer le cœur tout de même. Inspiré de pas mal de courants (rock, folk, ambient, witch house, black metal même avec la chanson Horrible Souls), au final le seul rapprochement viable à mes yeux serait avec Have a nice Life. Rock lo-fi étrange, fantomatique, analogique, et sans réelle limite d'influence. A surveiller de très près.

Téléchargement gratuit sur le bandcamp de l'artiste.
Pas encore de version physique malheureusement. Mais typique de ce qui pourrait coller à l'ambiance de chez Enemies List.

samedi 23 février 2013

Le Caveau de l'Empereur IV

Toi là.

Oui, toi, en train de me lire, bien planqué derrière ton écran. Tu veux te faire du mal ?
Tu veux te dégommer la tête ? Tu veux réduire ton cerveau à l'état de bouillie sanguinolente, et crever dans d'atroces souffrances après avoir subi d'innombrables sévices auditifs ?
Alors tu tombes bien, car aujourd'hui, l'Imperatør ne te proposera que calme et volupté.
Douceur et sérénité. Un apaisant voyage au delà des barrières du monde physique.

Tu es frustré ? Tant mieux : l'effet relaxant de ces quelques albums sera grandement amplifié.
Allez. Clique.
Maintenant.

vendredi 8 février 2013

Arbre - I

Le Black Metal forestier d'Arbre est raw, âpre et laisse une odeur de pluie après lui. Totalement nu, dépouillé, mais tranchant - l'Art Noir envahit les bois et s'infiltre dans les airs comme monte un hymne. À la nature cruelle, glaciale, aux vents froids d'hivers français, secs comme un coup de trique. Lui aussi est mordant, mais il a une âme, un âme damnée errante - tantôt dans des champs desolés, tantôt dans des landes à la bruyère gelée et aux troncs déracinés par les tempêtes. Quelques corbeaux s'envolent, rejoignant leurs tanières de brindilles bleuies par la froidure et la neige qui recommence à tomber.

Comme des aiguilles de pins, les notes sont piquantes, et le schéma musical digne de l'architecture d'un arbre mort. Les feuilles au sol, racornies, attendant d'être mangées par un cerf déjà éventré, les tripes rougeoyantes étalées quelques mètres plus loin sous un petit noisetier tentant misérablement de pousser dans cet environnement hostile. Il faut dire que même si cette feuille n'a maintenant plus rien a attendre que sa décomposition en poussière, les intestins du cerfs forment une auréole rouge qui n'a rien de désagréable dans ce paysage d'hiver.

Me cloîtrer dans ma vieille forteresse de bois en instance de moisissure n'est pas une bonne idée et je réfléchis à fuir avec les chouettes et les hiboux, en oiseau de proie, emprunter les ailes d'un metal noir trop longtemps oublié. Le revoilà de guingois, sortant des terres gelées, brisant la glace qui couvre l'humus et herbe grasse, s'infiltrant dans les racines, les écorces. Cet appel au loin dans le gris que les habitants de la forêt entendent et reconnaissent sans besoin même de tendre l'oreille. Il porte des nouvelles : "Le cerf brame, l'hiver est en neige, l'été s'en est allé. Haut et froid est le vent. Le soleil ? Il est bas et sa course tôt finie. La mer même se soulève, la fougère rougeoie et sa forme s'est cachée. Il devient coutumier, l'appel de la bernache. Le froid s'est saisi des ailes des oiseaux. Saison de glaces : telles sont mes nouvelles."

Arbre est un groupe de Black Metal français, aussi discret que raw, à l'ambiance incroyablement froide et à l'expression hivernale surannée. Le projet semble imprégné des saisons froides et de la fête de Yule, le côté encore sombre de l'année, la grande noirceur, dure et poignante. Tout ceci me rappelle l'immense groupe Paysage d'Hiver, dont le son est ce qui se rapproche le plus d'Arbre : pur et lo-fi.
Le premier album est sorti chez Distant Voices et je ne saurais que trop vous conseiller de l'acheter et de le surveiller car nous avons affaire ici à notre Pd'H français - qui plus est le packaging est magnifique.

lundi 17 décembre 2012

Ilyas Ahmed - Naqi

CDr comme à son habitude, Ilyas nous transporte dans un monde à la fois glacial et désertique, Chelsea Wolfe-isant, où la guitare s'enflamme et le chant crache la bile. Dans une simplicité analogique débilitante, il nous emmène – sans nous prendre la main toute fois – dans un Moyen-Orient fantasmé, sur des souvenirs fumants, emprunts de rituels inachevés, et des bêtes qui n'ont finalement pas été sacrifiées. Entre parole et chant, chien et loup, il nous berne tout au long de l'album, dans une folk de fin du monde dont nous autres, hères, prenons un malin plaisir à nous en délecter. Naqi me ferait penser à un sentiment assailli soudainement de tristesse, qui se plaint, se débat mais survit dans quelques soubresauts de joie.
Les lèvres rougeoyantes qui courent sur les cordes tranchantes de la guitare, parcourant le manche sans s'arrêter de se couper. Quelques papiers découpés de magazines et collés sur la caisse de la 6-cordes. La langue entre le Mi et le La, se balançant. Les dunes salées réveillent la douleur des coupures, mais elle oublie, elle oublie. Elle contre le poids du ciel avec ses quelques notes. 
"All my gulls have taken flight; they will no longer roost on these outcrops."
Au cœur du désert, amer, plaintif, à vous perdre dans les drones et les tempêtes de sable, vous croiserez sûrement un mirage d'Ilyas Ahmed. Jamais réellement présent, jamais réellement absent – le feutre enflammé de sa guitare tirant au ciel les quelques dernières stries de couleur jusqu'à le rendre monochrome. Il implorera les nuages de vous encercler et les djin de vous jouer des tours. Dès lors, plus rien à faire qu'une crise de lente épilepsie au rythme des accords, et de suivre ses cordes vocales, chemin direct vers un rassurant Acheron. La folk lo-fi d'Ilyas est loin d'être passée inaperçue, mis à part ce disque qui a très peu fait parler de lui. Et pourtant, ce petit CDr est passionnant du début à la fin, entre des rythmes du moyen-Orient et un rock / folk poussiéreux, chaud et rêveur. La guitare électrique tout juste saturée se trouve parfois retournée, ce qui donne des solo hors du temps, hors du monde, presque comme des cordes frottées. Au delà de l'instru, Ilyas Ahmed a bel et bien gardé sa voix envoûtante et déformée, analogique à souhaits, peut-être ici plus encore que sur les autres albums. Naqi est un vrai vitrail : travail d’orfèvre, aux couleurs chaudes, mais qui peut se révéler glaçant au bout d'un certain moment.

mardi 20 novembre 2012

Le Caveau de l'Empereur #0

jeudi 1 mars 2012

Giles Corey - Giles Corey

Aujourd'hui vous avez gagné un cours d'histoire. Car Giles Corey est l'une, si ce n'est LA victime la plus connue du Procès des sorcières de Salem. Incarcéré sans aucune raison valable, si ce n'est celle d'avoir copiné avec le grand Cornu, notre petit fermier refuse donc de plaider coupable, malgré la pression qui lui est infligée - accusation de sorcellerie, de meurtre, de satanisme...
Une histoire sans queue ni tête, qui se termine par une mort tout aussi étrange qu'on appelle la peine "forte et dure". Une petite gâterie consistant à écraser le corps de la victime jusqu'à ce que mort s'en suive par accumulation de pierres sur ce dernier. Corey mit trois jours à mourir, et sa femme se pendra juste après après.
Dan Barrett dans cet album s'inspire de cette nostalgie, de cet absurde digne de Ionesco. Funeral Folk serait le mot s'il fallait définir ceci.

L'atmosphère commence plombée, piano un chouilla désaccordé et voix entremêlées dans une litanie des ombres que n'aurait pas rechigné Hexentanz. Et tout au long du disque, c'est dépouillé, minimaliste. Le son est consciemment vieilli, agrémenté de samples étranges, d'orgue, de percussions rituelles... mais aussi de folk douce, aérienne et posée. Ce Giles Corey est vraiment un voyage à l'intérieur de l'âme, où les retournements d'humeur sont de mise. Je ne peux pas m'empêcher de penser à du Doom, voir du Funeral Doom à la Colosseum. Étrange car ça n'a rien à voir dans le style, mais cette beauté, cette tristesse... Ce chant offert aux émotions négatives, avec tant de calme. On pense l'album fragile, voir simple à première vue, mais c'est un géant implacable qui se rue sur notre cœur pour l'ajouter à ses trophées. Toute cette solitude, toute cette détresse, et en un premier jet. Car c'est bien le premier album de Corey que l'on a entre les mains.
C'est beau à en pleurer, et rien que les paroles ont un don pour accrocher les sentiments dans leurs barbelés.
"I want to feel like I feel when I'm asleep.."
Petit anachronisme, mais il est en un sens assez proche du Ἀποκάλυψις de Chelsea Wolfe, devenue maintenant référence dans la folk lo-fi.

On navigue dans un misérabilisme ténébreux entre folk et ambient. Et en réalité ce qui le distingue de la scène lo-fi, c'est bien cette atmosphère, onirique, et à fleur de peau. Et nous, pauvres auditeurs, nous donnons en esclaves à ses hymnes tragiques. L'Antigone de Sophocle passerait presque pour un Happy-end hollywoodien, tant le disque parvient à être touchant dans sa sobriété. C'est irrépressible, on est happé dans la colère rentrée de la batterie en arrière-plan, et hypnotisé par le chant si vulnérable de Barrett. De ce côté c'est à Rivulets que je pense, avec un entrain tout à fait magique et désenchanté.
Mais ce Giles Corey a le bon ton de ne jamais tomber dans les gémissements. On ne se morfond pas, on se perd, on s'oublie, on s’efface face à la fatalité - peut-être l'une des dernières choses que nous partageons tous.

Étrange que de dire cela, mais paradoxalement, cette petite offrande fait un bien fou. Certes déchirant ("Ce qui n'est pas déchirant est superflu, en musique tout au moins." Cioran), cela n'en est pas moins apaisant. On se sent immergé, entouré et bercé par ce flot de beauté dans toute sa simplicité, cette magie qu'un enfant de cinq ans trouve en regardant les nuages. Au fond de ce puits de douleur sans fond, Corey esquisse un sourire. Ce n'est pas un appel au désespoir. C'est un appel au rêve.

Listen, buy, worship, die

 Mastering par James Plotkin, dudes.

samedi 18 février 2012

I'm not sad, folks. I'm a dreamer.

Saåad, oui. Saåad...
L'été est décalé, et les arbres gèlent. Comme vous, lorsque vous écoutez ce duo toulousain. Quelques réminiscences shoegaze mixée à l'éléctro - dans le style de M83, sans le côté lent et bobo. Quelques rêves délavés et usagés. Quelques souvenirs oubliés, refoulés... Un choc violent, inattendu. D'un coup. Et un réveil, à moitié dans le monde réel, à moitié dans les vapes. Une sortie de coma. Un tunnel blanc dont on peut se délecter sans rien risquer.
Totalement abstrait et lointain, pourtant si près de ce que nous sommes, tous, au fond.
Une lumière, une étincelle, celle d'une génération éteinte, mais qui stock les souvenirs. Oubliés. Refoulés.
Delayed Summer tape très haut avec un post-post-rock céleste. La puissance universelle, la lenteur et le silence de la Nature passés en accéléré. Après tout peut-être que la vie est la plus belle musique.
Dommage en tous cas qu'elle soit limitée à 44 exemplaires d'ores et déjà sold-out...
Mais pour écouter, c'est possible par ici