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lundi 1 avril 2013

Découverte : Berlin School et Décapitation

"Looking for consciousness in the brain is like looking inside a radio for the announcer."
- Nassim Haramein

Sur ces valeurs psychonautiques, je présente ici-bas deux découvertes, deux groupes non-signés et n'ayant "rien" sorti mais néanmoins regorgeant d'originalité et de qualité. Musiciens itinérants, déambulant dans d'autres niveaux de conscience, altérés bien-sûr, mais aussi des parts de vies, des histoires imprégnées dans le son comme une entaille gravée dans une grotte. Des photogrammes de nerfs qui se tendent et se détendent, sur et sous tension artérielle.

Le premier ayant retenu mon attention est Riccardo Lucchesi, qui est en réalité une moitié de Perinde ac Cadaver dont j'avais parlé il y a de cela quelques mois. L'électronique complexe aux métamorphoses étrange, semblant répétitive mais sans cesse évoluant, émergeant lentement et immergeant les sens, fonctionne sur les mêmes règles que Perinde. Composition modulaire live, toujours sur un son rond, très Berlin School, proche de Tangerine Dream en ceci qu'il est aliénant tout en semblant parfaitement normal. Les morceaux sont hypnotiques de par leurs lentes structures, agrémenté de plus en plus de nouvelles folies et de nouveaux effets au fil de l'écoute ; l'univers sonore n'a de cesse de s'enrichir. Très Ultramondes dans le style d'imaginaire, en fait - bondé, d'outre-espace et acide. Analogique, psychédélique, aussi proche d'une psytrance que des travaux occultes de Coil, comme sur "Involved in Crime" où le balancement droite-gauche rappelle furieusement le ELpH, bondé de sonorités industrielles en plus, Riccardo Lucchesi se révèle être l'un des grands de la musique électronique de nos jours.

Ci-dessous, "Flourish", issu d'un projet non-abouti (pour le moment) appelé Star Void.


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La seconde découverte est une élévation différente, où se mélangent le sinistre et l'impie. Voici le travail de Dana Angela Perez Marin, lorgnant élégamment vers le Dark Ambient et l'electro-acoustique / acousmatique.

L'importance de cette pièce réside notamment en la dimension historique, si ce n'est sociale, qu'elle transporte. Voici ce qu'explique l'artiste en parlant de cette dernière - car je ne saurais mieux l'exprimer :
"Je travaille depuis 10 ans à Madrid et j'ai fait dernièrement la rencontre d'un indien, trancheur de tête en fuite, qui enregistrait ses cérémonies de tuerie. Il travaillait pour un Cartel. La décapitation est une pratique courante au Mexique. [...] Toute décapitation renvoie à l'histoire de Persée allant chercher Méduse mais aussi au sacrifice de Mishima, le meurtre d'Holopherne par Judith, Salomé et la tête de Saint Jean-Baptiste, les photographies de Joel-Peter Witkin. Les registres du beau, du sublime et du sinistre font intervenir à la fois le sens de la norme et la sensibilité humaine.
La décapitation triomphe de la panique."

Son travail poétique sur toute ce pan de l'histoire prend un sens horrifique - car les enregistrements de cérémonies sont, j'en ai bien l'impression, compris dans cette œuvre de dix minutes. Poétique car la musique joue ici avec les césures, les résonances, le fracas impalpable d'arrière-plan et l'analogique étrange, coupé, du premier plan. Sortes de sons industriels, ici aussi, de field-recordings, de voix en espagnol déclamées figées dans le temps. Une harmonie du crime, surabondante, où chaque note prend racine dans un symbolisme et un engagement. Une réflexion sur l'Eros et le Thanatos, l'érotisme de la décapitation - au final très phallique et humiliante. C'est cette tête, encore pensante, que l'on exhibe à la foule pour que sa dernière vision soit sa famille. Ce symbole puissant, sur lequel à été commis l'irréparable, et son cortège de beauté absurde. Un travail poussé, médité nous est livré ici. Loin d'un instantané, il s'inscrit dans une histoire humaine qui perdure de nos jours. Non dans le courant mais dans l'âme, la Francisco de Goya de la musique ?
Le reste des morceaux disponible est, dans un même ton, très expressionniste. Très passionné.

Voici la pièce "El triunfo de Pan" dont j'ai parlé.

mardi 19 février 2013

Spektr - Cypher

Tout n'est qu'une question de cycle. Les saisons maussades qui meurent pour ressusciter plus vives et sans fatigue. Les lunes et les soleils, la bile et les joies. Les souvenirs que chaque nuits je vous injecte.

Les arcs-en-ciel glauques vomissant l'exutoire, les patients déformés qui défilent en attendant la réincarnation. Le cycle infernal de damnés copulant dans les ronciers au vert peu accueillant, suintant de tels flots de sang qu'ils en eurent donnés la nausée au Comte de Gernande. La cinquième dimension, celle-là même que l'homme ne peut appréhender, est pourtant jonchée de seringues humides. La théorie du tout se ratatine au néant et de l'alchimie d'une cuillère brûlée, l'univers se dilate les pupilles.

Quelques vents de vertu s’immiscent encore entre les ombres naissantes et les difformités nucléaires, comme cherchant une âme à ravager - car tout s'inverse. Le règne de Manea s'annonce, inversant les valeurs et agressant le chevaleresque. Les nuits de béton passées au fond d'églises au parquet de bois grinçant résonnent comme le plus inutile et minuscule des cris depuis la naissance de l'Univers.
MON DIEU, je vous parle à présent ! Je vois ton visage s'afficher dans le cryptage de la télévision.
Il y a TOUT là-dedans, TOUT ! Tu regardes, tu te mets à genoux et tu PRIES.

Le stupréfiant me ronge sans même que je désire un substitut. Taillader par l'infect et détrôner, piller, désacraliser jusqu'à l'étrange extase - l'internement. Les cachets que je crache me laissent un goût infâme dans la bouche. J'aurais voulu ma cellule capitonnée d'herbe grasse et de terre humide, mais impossible. On m'injecte seulement des souvenirs, des rêves, des ambitions si réelles qu'elles en sont diaboliques. Mais ils ravalerons leur relents. Tous, et ils seront forcés de prier la bouche dégueulant leurs tripes d'ombre et de lumière. Car le Royaume des Cieux connaît quelques tourments pour l'âme que seule l'angoisse du vide a jamais osée toucher du doigt.

Le cycle à la moiteur tiède se brise. Mon corps gicle en éclats. Et ils vous tomberont dessus dans l'obscurité. Et personne ne vous secourra.



Si vous avez suivi l'aventure Spektr, alors vous êtes au courant du The Near Death Experience de 2006, rance black metal de France glacial, aux frontières de l'industriel et aux confins de la folie. Le groupe pue le suif, il éructe de l'acide. La bête immonde s'avère ici carrément proche du jazz ! Certaines pistes sont clairement héritées de ce style, tandis que d'autres se rapprochent plus d'un black metal dégoulinant façon Blut Aus Nord, mélangé à un dark ambient poussiéreux sorti de l'hôpital psychiatrique haute-sécurité. Une image ? Un fauteuil roulant flingué à la dérive sur lequel trône un dieu psychotique perdu quelque part dans la cinquième dimension.

Direction Agonia Records pour vous offrir le 12" ltd.150 avec poster en A2
Allez. Fais-le.

mercredi 22 août 2012

Ichtyor Tides - Mortisle Elytrion

Lors de mon codage, quelque chose a raté. Inclure la réalité augmentée à ma rétine pour me résoudre à ne rien comprendre. Les plantes - du moins les rares qui s'obstinent à vivre, les nuages de grès, le ciel de plomb, ne sont pour moi que des pixels. Les êtres, non plus vivants mais plutôt habitants, se résument à une tripotée d'informations digitales erronées.
Je suis une production.
J'espère ne pas être un produit.

Le ciel est bleu. Enfin je crois. On m'a dit qu'il était bleu comme cette fleure... le coquelicot. Il est bleu.
De toute manière, de quelle couleur pourrait-il être ?
J'aime écouter les autres se taire. Entendre le cheminement de leur souffle mécanique à travers leur poitrine vide où rugit l'essence. Il fonctionne même au zéro absolu.

Fléchir : le Dictionnaire le décrit comme un synonyme de "réfléchir". Plus personne n'utilise ce mot. Il n'a sûrement pas survécu au zéro absolu.
Ni aux salutations dégingandées dans l'escalier. Il est plein de moustiques. J'adore les laisser s'attaquer à mon substitut de peau. Descendre. Les bras écartés - et ne former qu'une croix. La vermine sur mes épaules. Toujours plus bas. Sentir le bitume et l'accepter comme son sauveur. Sentir sa couche artificielle de parfum réchauffé. Ne pas l'accepter. Traduire.
J'aimerais pouvoir me flétrir. Brancher mes fils et pénétrer l'univers. Vider mon âme et vendre ce corps que je n'ai pas.
Naître dans l'éclair insensé d'une erreur me donne plus de raison d'être que tous ces gens prévus et voulus.
J'envie seulement leur non-être. D'homme je veux devenir chaîne.

Reification. Au fond c'est ce que tout le monde veut. C'est la cause première de la mort. Devenir une chose, dans une boite. Ou jetée à la mer.
Il va bientôt falloir que j'aille dérouler les vagues.
J'aime voir les gens inertes. Les choses inertes. Les vagues inertes. Je n'irai pas les déplier aujourd'hui. Car c'est ici que la beauté réside. Dans ces murs vivants de leur inaptitude à exister. Bien plus qu'un homme.
Et suppositio nil ponit in esse.

Peau : Ce matin j'ai décidé de me l’arracher. Plus de légèreté. A vif, piqué par la prison que se révèle être l'infini. Inhibé. Ne plus rien sentir. Devenir le non-vivant, qui se meut comme la pierre.


Ichtyor Tides est un projet français entre l'indus, le drone, l'ambient et la noise incorporant à sa musique de la poésie. Non seulement la musique, plutôt rythmique, est en elle-même intriguant et parfaite pour qui a une imagination digne de ce nom (!), mais les passages narrés de poésie urbaine sont tout simplement magnifiques. Entre haiku et désespoir scandé, IT dit se sentir proche d'Arnold Böcklin, à raison.
Un travail sur la dystopie qui nous la montre sous un angle froid, dénu(d)é d'artifices, mais splendide en ceci qu'elle peut créer les pensées les plus vivantes.

Le CD (ltd.100) est sorti chez le label INVIDATION.
Avis aux amateurs de musique / poésie !! Chaudement recommandé.

mardi 24 juillet 2012

Leben Ohne Licht Kollektiv / Immemorial - Quantum of abstract physics

Article illustré

Devant l'autel, à prier. A prier la poussière, à prier l'Éternel. Au nom du Père, du Vice et du Saint Esprit.
Je pris ma croix, entre les mains, et la serra. Les branches s'enfoncèrent dans ma paume. Les gouttes tombaient vers le plafond. L'architecture toute entière de l'église était en tôle, mis à part les vitraux de plastique fondu. Aucune lumière ne filtrait à travers. Alors ils étaient rétro-éclairés, sûrement par des néons. Le style XVIe s'était bien déglingué - mais c'était le seul petit éclairage que j'avais.
Surtout ne pas allumer de bougies.
Jamais.

Je plaçais mes bras derrière ma nuque et me mis sur les genoux, dans une sorte de posture de la mort.
Mes larmes et ma bile coulaient elles-aussi vers le plafond. Toutes ces gouttes se mélangeaient en une mare couleur rouille au dessus de ma tête. Ils ne doivent plus être bien loin, si les liquides tombent en haut.
J'avais l'habitude de voir ces quelques nonnes, priant, implorant leur Dieu Unique qui n'avait pas trouvé meilleur jeu que de leur vomir à la figure. Aujourd'hui elles étaient nues, encore droites, inertes, avec un genre de guimpe qui leur recouvrait aussi le visage. Je n'avais jamais vu corps si maigre. Malgré cela, je les laissais car j’endentais leurs chants encore s'élever. Je me surpris à toucher la peau de l'une d'entre elles.

Derrière les murs de tôle, plus d'horizon. Je crois que nous sommes un peu dans l'espace, perdus, sans plus avoir besoin d'aucune volonté pour se mouvoir. La plus petite impulsion vous fait parcourir l'infini sans pause café. J'aurais tout donné, pour un café. Mais sans air, plus de plantes, plus de graines. Plus rien. La croix suspendue au cou, ma toque et ma robe collées à mon corps, et mon masque à gaz.
Tout doucement commencèrent les pulsations sur la tôle.
Comme chaque soir. Ces tambours rituels qu'Ils jouaient sur le plafond de mon église. Impossible pour eux de rentrer, seul le clocher dépasse du sol. Ce bruit qui n'indiquait rien d'autre que leur volonté de pénétrer ici avait pris à mes oreilles un ton de comptine, qui berçait mes rêves. Les ongles grinçant sur le métal.
Des espoirs. Illusionné, perdu entre le réel et mes pensées, perdu depuis leur arrivée. Esclave de nos sauveurs génocidaires. Je m'écroulais alors que leurs ombres passaient devant les vitraux.
Ses yeux me fusillèrent du regard. Lorsque je le vis, il semblait... amusé.

"We stamped on our solar system
Until it would stop breathing
Now it's stricking back
By taking it's own existence
On the road to total annihilation
The deconstruction of the creation"



L.O.L.K. est un projet ambient / indus de I.Luciferia, connu pour deux de ses projets que sont Osculum Infame et Reverence. (à écouter/voir si vous ne connaissez pas)
Immemorial est quand à lui le projet de D.Luce, officiant notamment dans HkY, qui livre un dark ambient dans la même veine.
Les deux groupes piquent au Black Metal, au Doom, à l'ambient donc et divers genres pour nous laisser un goût de sang dans la bouche. Oui, vous vous en êtes mordu la langue tellement c'était bon.
Si vous aimez Sembler.Deah (le groupe de Dehn.Sora qui a aussi fait l'artwork de ce split!), Blut aus Nord - dans une moindre mesure - et que le calme et l’oppressant sont votre adrénaline du soir, alors vous avez trouvé quoi écouter.

Sortie prévue en septembre.

lundi 9 juillet 2012

Minamata After Dark - Untitle


Minamata. Torture. Alienation. Perverse. Insondable. Noir. Maladive. Stigmate. Amour. Discipline. Désobéissance. Anti. Joug. Dépravée. Snuffer. Extrême. Toxique. Dérangeante. Dévastée. Mauvaise. Enfer(mée). Explosive. Instable. Belliqueuse. Déchirante. Dangereuse. Démente. Esclave. Pestiférée. Miraculée. Inapte. Différente. Seule. Vide. Nihiliste. Pessimiste. Je-m'en-foutiste. Abyssale. Hallucinée. Joueuse. Détruite. Prophète. Charbonneuse. Cathartique. Sadique. Étrange. Colère. Rire. Mort. Solitude. Abîmée. Joie. Joie. Joie. Après. Drogue. Violence. Inhumaine. Totalement. Absolue. Irréelle. Abrasive. Illogique. Divine. Sauvage. Amorale. Intangible. Traumatisme. Haine. Destruction. Amour. Noir. Déraison. Réprouvée. Angoissante. Nerveuse. Enfantine. Minimale. Animale. Nocturne. Intransigeante. Calme. Incisive. Tranchante. Contemplative. Industrielle. Marginale. Sulfureuse. Noire.

L'échafaud serait pour moi le trône de mes voluptés, j'y braverais la mort en jouissant du plaisir d'expirer victime de mes forfaits.





vendredi 30 mars 2012

Nox - Enigma

Nox... Ce sacré Nox...
Pour continuer sur la lancée des productions de chez FrozenWing, voici donc l'autre sortie de l'homme aux manettes derrière Thul Okgha.
Dans cette tape, on avait eu le droit à du bon gros ritual ambient, mais qui restait super original, avec guitares, chant en native language (so hipster) et tout le tralala. Bref, un petit chef d’œuvre.

Voici donc entre mes mains Enigma, la toute belle...
Avec un artwork vraiment cool et aguichant. Classifié Thriller Dark Ambient - bien que mon iTunes ait décidé que ce soit des Chansons pour enfant. Tout un programme. Mais un programme savamment pensé ; comme si c'était la B.O. du bouquin The Book With No Name !
En effet, c'est totalement dingue, tout comme l'histoire de ce livre (renseignez-vous et vous verrez) et totalement... cohérent.
Des accents indus qui côtoient un genre de synth-pop acide et torturée. Les claviers comme autant de fantômes autour de vous. Il faut dire que niveau immersion, ça a son petit effet. On ne peut nier le côté ambient recrudescent, qui fait de Enigma une plongée dans les abysses. Mais il est tout aussi difficile de classifier cette descente. Tiens, descente, c'est le bon mot.
Un peu comme après un trip qui finit mal. La tête tout près des enceintes, parce qu'il devient très difficile de se concentrer. Mal au crâne. Alors on monte le son, et on écoute ce qu'il y a. En vingt-cinq minutes, la playlist "éclectisme" nous a gratifiée de musique amérindienne, d'une soundtrack de la Neuvième Porte par Wojciech Kilar, et d'un black atmo' de bonne facture.
Mais les gens passent autour de moi, aucune idée d'où je suis, ni qui est cet homme, à côté. Je crois qu'il me regarde. Il est étrangement flou. Surement les verres de whisky qui montent...
Le hip-hop se mélange au Kilar et au gin, et je me sens partir. Le temps que mon cerveau traite les sons que j'entends, la chanson d'après arrive déjà. Tout se mélange. La silhouette se lève. Quelque chose de noir, long, atterrit sur ma tête. Je ne me souviens pas de grand chose, mais je sais que mon crâne me fait souffrir.
Et que ce mélange de musiques m'est resté dans la tête. Vraiment pas mal, ce patchwork d'angoisses.
Vraiment pas mal du tout.

Très beau mix de styles, où Nox les fait se fondre dans un univers groovy, flippant, magique.
Un travail d'orfèvre - pour qui apprécie le Dark Ambient.

On achète et écoute ici
Et puis jetez-vous dessus, entretuez-vous pour chopper ce petit bijou, c'est la moindre des choses.

mardi 6 mars 2012

HEXVVII - I

Lorsque Déchire-moi et Noeru se mettent en tête de faire de la musique ensemble, forcément, il fallait que ça rende quelque chose de fou et de sombrement dérangé. Et le petit être étrange rampant à grand peine sur ses quatre pattes se nomme HEXVVII.

 

Tout d'abord, deux faces, dix minutes chacune. On se dit que, vu la tête du projet, si la tape ne dure pas vingt minutes, c'est qu'il y a anguille sous roche.

Et effectivement. On navigue dans un dark ambient dépouillé, d'outre-tombe, serpentant parmi le Qliphoth. Mais pas que. Le travail ne s'arrête pas à quelques sons glauques et une voix distordue. On a au contraire affaire à une sacré méthode de composition qui va chercher un peu à droite à gauche, comme celle d'Ultra, par exemple.

Le délire malsain, pratiquement érotique - mais mortel, ne vous y trompez pas - prend son ampleur. Plus le temps avance, plus on se sent emplit des sons, des idées, du venin d'HEXVVII. Un venin qui paralyse, qui anesthésie. Insidieux.

 

Le seul groupe que ce projet me rappelle, c'est The Sodality. Groupe... italien, justement! (comprendront ceux qui le pourront)

C'est profond, très ritualiste. Ritualiste avec la trempe de la scène indus. Mais pas besoin de ramener ça à quelque chose d'autre, l'atmosphère dégagée par cette tape en dit bien assez. Une aura bien noire en émane...

Comme dirait Toxik H. : "Je t'assure que la vase et l'extase ne font qu'un."

 

Autant la première face est angoissante, autant la deuxième déclencherait chez l'auditeur une crise de claustrophobie que je n'en serais pas étonné. Très simple, très linéaire. Un loop en arrière-plan. Du bruit. Un souffle. Le rituel s'accomplit. Et autour se métamorphose le réel. Les murs deviennent cendres. Le ciel s'écroule, s'écrase, dans une lenteur extrême. Tout s'assombrit, une fois de plus. Plus noir que noir. Du silence assourdissant se forme une litanie murmurée. Je ne veux pas savoir ce que c'est. Je ne veux plus. Pas encore. Pas encore!!

Une flamme brûle au plus profond de mon corps. Une flamme noire qui pourtant perce la nuit. L'étoile du Matin se lève. Décharnée. Elle me lacère. Elle enfonce ses griffes brûlantes, et retire ma peau avec un malin plaisir. J'en redemanderais si je pouvais parler, mais déjà, je ne suis plus qu'un souvenir, stocké sur une vieille cassette. Abandonnée. Abîmée. Je ne veux plus. Et j'en veux encore.

 

Suis-je le jouet de ce rituel ?...

 




On achète ici en pré-commande. Attention, ltd. à 25!

Je vous conseille par ailleurs de visiter le magnifique site de Déchire-moi ! Photos dérangées et osées.
Ainsi que d'écouter un peu le projet de Noeru - aka Camisole - ici

dimanche 26 février 2012

aTelecine - A Cassette Tape Culture (Phase 2)

aTelecine, c'est un peu la rencontre étrange de paix intérieure de l'ambient et de la folie dévastatrice de l'indus.

Projet monté par Sasha Grey - ex-actrice X - et Pablo St.Francis, aTelecine sort depuis deux ans maintenant chez PenduSound une trilogie nommé "A cassette Tape Culture". Pour une raison de goûts, je ne ferai la chronique que du II, le I ne m'ayant pas laissé un souvenir impérissable (lent, trop peu musical et pas assez ovni-esque) et le III n'étant pas encore passé par mes oreilles.
Ce Cassette Tape Culture est en fait la quintessence de la haine "calme" de l'indus. Quelque chose de froid, de complètement schizophrène, qui ne se prive d'aucune drogue et qui est à la fois totalement déphasé par rapport à la société et totalement en phase avec son temps. Un groupe qui aurait pu faire partie de la B.O. de Enter The Void de ce cher Gaspar Noé, entre les tarés de Throbbing et les excités de LFO. Le disque n'est jamais énervé, c'est toujours d'un calme abasourdissant, entre guitares aériennes et electro-EBM - sans cliché.
En fait, c'est même assez expérimental, tant dans la façon dont avancent les chansons - on croirait du Apoptose un lendemain de cuite. C'est n'est pas sans rappeler par moments du Inade, et autre Coil, ce qui fait que c'est au final assez décousu - point noir du skeud.
Et ACTC se révèle être un énorme bad trip, une descente dans les abysses. La pression monte à partir de ENT., qui est suivie d'une chanson très calme. Trop calme. Et tout s'enchaîne, de plus en plus barré, jusqu'au malsain par excellence : Wind Pipe Machine.
Beau reflêt d'une société au non-sens complet. D'une culture agonisante.
Noise maladive sur fond rose.
Collage de recettes de cuisine sur vidéos de Peter Sotos.
Fist à la tétine.
Une jeune femme à l'esprit bien plus sombre qu'elle ne le laisse penser. Elle se serait à mon avis entendue à merveille avec ce bon vieux Boyd Rice.
Pour faire vite : à écouter, par-ci par-là, car album au fil trop décousu. On a droit à un mix de pas mal de genres, mais si un jour de grisaille vous vous surprenez à admirer la décadente architecture urbaine, alors lancez aTelecine. Vous allez adorer.


On écoute
On achète une box car tout est sold-out (mais c'est cher... et très limité...)

lundi 20 février 2012

Inner Vision Laboratory - Anywhere Out Of The World

Encore une découverte que je dois à Matt de Frozen Wing Rec. Inner Vision Laboratory - alias Karol Skrzypiec - nous vient droit de Pologne, et oscille entre indus, drone et ambient.
Deux choses tout d'abord, qui me parlent : le titre et l'artwork. Ce sont pour moi des choses non-négligeables. Et effectivement, le titre me parle beaucoup, étant donné que c'est souvent ce que je recherche dans la musique, "partir n'importe où hors de ce monde". Quant à l'artwork, il me fait penser à celui de Postdrome, avec sa symétrie. Je ne suis pas fou du jaune, mais force est de constater que la cover est apaisante, tout comme l'album.
IVL se donne ici dans un registre très False Mirror et leur sympathique Derelict World. C'est à dire de l'ambient lent, celui-là même où l'on aime à s'oublier en y plongeant. Des nappes calmes, reposantes, dans les médiums (pas de bruits sourds ici), quelques arrangements avec du piano et des cordes par moments. Une voix effacée qui nous lit un univers en fin de vie, sans rien mis à part la quiétude.
L'originalité n'est pas le point fort de Anywhere Out Of The World, album que l'on a l'impression d'avoir entendu déjà des dizaines de fois. Mais je dois dire que c'est bien mené, et que c'est vraiment très reposant.
Pas mal... à écouter, donc, si vous êtes un grand nostalgique des débuts de Raison d'Être.
Il suffit de se laisser porter un peu.

On peut écouter pas mal de choses ici
(notamment le sympathique mais court Wind Draw qui, je trouve, est l'EP qui annonce la maturité)
Pour acheter : here

Inade - Colliding Dimensions

Le groupe de René Lehmann et de Knut Enderlein officie dans les rangs du Dark Ambient depuis maintenant plus de vingt ans, et ce - je dois le reconnaître - pour le plus grand plaisir de nos oreilles.
Je commence donc Inade par ce Colliding Dimentions, soit quatre disques prêts à vous emmener par monts et par veaux pour... pas moins de 3h. Oui, Ambient Churches va chroniquer pour vous 3h de Dark Ambient, et ce n'est pas la seule surprise que l'on vous réserve ! Tout d'abord, quelque mots. Histoire de situer. Inade est donc l'un des premiers à émerger de la scène DA, directement inspirés des travaux de Lustmord comme le fameux "Heresy" dont je vous recommande chaudement l'écoute.
Ensuite, pour situer, le son se pose quelque part entre Boyd Rice (NON) pour le côté bruitiste et indus et Zero Karma  pour l'infect ambiance ritualiste d'outre-tombe. C'est pratiquement carcéral, mais il se produit une chose étrange. Malgré la crise de claustrophobie de la première heure d'écoute, les deux autres, à travers cet enfermement, donne une sensation d'élévation. L'hypnose prend part à la partie. Et Inade la titille. Ce qu'il y a de sympathique c'est qu'Inade fait un peu feu de tous bois. Patterns indus, synthés angoissants et voix murmurées voir parlées sont certes au programme.Mais on entend aussi alarmes, arbres craqués, et autres bruits 
improbables métamorphosés à notre plus grande surprise en musique. Un atout non-négligeable pour l'immersion. Là où Lustmord balance des sons de fin du monde, Inade nous conte une fantaisie noire et dérangée. Aaaah, le nombre d'images qui me viennent à l'esprit en écoutant ces disques... Celle d'en ce moment même : la terre s'écroule sur elle-même. Un immense tas d'ordure métallique se forme, et quelques illuminés construisent dans les hauteurs une église avec les derniers restes trouvés au sol. Die Sonne Satan n'est pas loin.
C'est un réel travail d'assemblage de sons, qui s'approche parfois étonnamment - car moins ritualiste - des récents
travaux d'Halo Manash. Je pense au Language of Red Goats. Un mot pour définir cette deuxième heure d'écoute serait en tout cas : stellaire. Mais je vous vois venir ! "Au quatrième disque, on commence à se faire bien chier non ?"
Eh bien non. Et pour cause, ce quatrième Colliding Dimension est le plus beau, le plus triste même. Bien plus ambient que ses petits frères. C'est le son de la fin. Pas de la mort, ni de la destruction, non. C'est le calme après la tempête. Le lieu clôt et saint où nous sommes arrivés, après tant de souffrances. Et quelques souvenirs sonores de ce Vieux Monde physique. Car il suffit d'écouter "The Last Wing of Alchemical State" pour comprendre que les deux compères sont sensibles, ont du goût non-seulement pour le sombre, mais aussi pour la béatitude. Pour le beau. Une réussite de bout en bout, donc, et une pièce maîtresse du genre, trop méconnue.

On écoute un peu ici, et surtout on achète
LPs conseillés
Merci à O.P. pour cette magnifique découverte.