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mardi 16 avril 2013

Agdistis - In A Cold Fog Hung From A Yew Tree

Méphistophélès l'emporte au réel, Icare s’éteint par la noyade dans le sein d'Égée, immolation par les ailes. Les pièces de la maison deviennent des grottes à force de pourrir, un trou dans le mur est apparu, au dessus de l'évier. D'autres se sont bouchés d'eux-même, et les cris à l'intérieur ont disparus. Les lierres et les mousses qui pénètrent chaque centimètre me font me sentir étranger dans ma propre demeure. Je rallie souvenirs de quiétude et haine viscérale. Cette image de bouche difforme aux crocs cosmiques me hante, et je le sais, elle vous happera tous avant d'enlever son voile de galaxies. A chaque entaille que je me fais dans la paume, je défaille quelques secondes et la vois. Proche, aliénante, transportant sur ses gencives pestes et choléras de quelque monde étrange.

Tout s'est illuminé, l'appartement baignait dans la mousse, arrachée, les mottes de terres et le sang. Les néons à puissance maximum, tout brûlait lentement à commencer par la bouteille d'absinthe que j'eus dû renverser après en avoir vidé presque l'intégralité. Une petite flaque verte, une petite fée, et une statue de bois d'if sur le front de laquelle trônait fièrement le sceau de l'Adversaire. Ma figure de proue au porteur de lumière. Le sang coagule dans ma bouche, et mes yeux noircis, veines saillantes, ne répondent plus à mes demandes. Un battement de paupières plus tard les bras décharnés s'étaient remis à sortir des murs et du sol, formant en m’enlaçant un odieusement confortable cercueil. Je me retrousse, car déjà voilà le Kalki.




Agdistis est difficilement gérable. Les vingt premières minutes d'In A Cold Fog... se résument en un excellent raw black metal atmosphérique, sale et un tantinet dissonant. Puis arrive la bordélique et très noise-punk chanson Hermetic Death, le coup de latte avant de passer à la deuxième partie de cet opus diaboli. La chanson suivante, The Yew Tree, est totalement hypnotique, proche d'Urfaust à son plus sale. L'horreur est annoncée, toute la suite de la tape est démente au sens premier du terme, possédée et clochardisée au possible. Pour ce côté absolument maladif fricotant avec la fièvre jaune, le style pourrait être comparé à du Vesicus, bien que moins mid-tempo et avec plus de passages dark ambient.

"Et comme les braves femmes qui, dans les églises en ce moment, ayant appris que les bubons qui se formaient étaient la voie naturelle par où le corps rejetait son infection, disaient : « Mon Dieu, donnez-lui des bubons » [...]" (Camus, La Peste)

Tape sortie chez City of Dirt - et sold-out.
Le groupe a mis son album disponible en téléchargement ici

mardi 5 mars 2013

Jute Gyte - Discontinuities

"Microtonal experimental black metal played on 24-tone guitars, replete with polyrhythms, irregular meters, dense masses of chromatic polyphony and psychedelic interludes."

L'artiste n'aurait su résumer mieux sa propre musique. Interprété à la sword guitar, Discontinuities est l'intensité à l'état brut, et Jute Gyte y a le cri au corps. On l'a dans la peau, comme un scalpel, qui tremble en coupant les tissus. Hasardeux mais diaboliquement logique, loin en fait d'une ripopée, il dissone et sans pitié aucune assène quart-de-tons à la limite de l'audible. L'expérience instable montant en neige aussi vite qu'une bouffée de stress lors d'une crise d'agoraphobie, je recommande une hygiène d'esprit soignée. Le black metal difforme scie les standards de sa rythmique atypique, de son parlé à la limite de l'atonal, ainsi que de son fiel qui ne colle à aucune déontologie.

Discontinuities est odieux. Impie dans les chaires même de ses sonorités ; réveil de vos gènes possédés, pauvres bougres, à la poursuite soudaine d'un absurde besoin de vous meurtrir encor, et chétif! c'est sur un autre corps que le strappado sonore du Syr Gyte frappe le glas. Soudain... le noir! Un duc... un bal. Trouvez-vous la gueuse à votre convenance ? Car titubant sur une jambe elle dansera, sous sa jupe à vertugadins, vous morguera.

Véritable willis musicale, Jute contre tous s'avère contumélieux et sa verve jaculatoire pourrait par mégarde enflammer les robes de votre protégée. Faux pourri, le disque compact regorge de véhémence, et d'une opacité à vous faire rougir l'obscurantisme. Les multiples découvertes insulaires que contient l’œuvre mérite un don du corps à la maladie microtonale pour le meilleur, et pour le pied-de-nez. Merdre! Sus donc, écoutons!



Grand chaudron expérimental, cet album est absolument prenant, mélangeant la dissonance d'un Book of Sand à la folie des octaves, comme le ferait un Meshuggah s'il faisait du black metal. Pratiquement industriel par moments ("The Failure of Transmutation"), il reste tout de même à mon goût très victorien : propice à l'isolement, à l'angoisse rentrée, et au fantasme d'une époque où la subtilité côtoyait l'extrême violence.
Must have.
L'album fuse, et pour qu'il fuse dans votre chaine hifi, vous pouvez l'acheter ici (7€ ~)

jeudi 7 février 2013

Fungi from Yuggoth - s/t

Sur des airs enchantés de la Golden Dawn et d'un bon vieil Aleister Crowley débute une folie extra-terrestre, mystérieuse, attrayante, dangereuse. Comme si des tentacules se déployaient, un matin de printemps où quelques oiseaux électroniques chantent dans un jardin aux couleurs acides. Des tentacules parées à vous pénétrer l'esprit, le détruire, et lui injecter quelques occultes et toxiques substances dont je ne voudrais connaître ne serait-ce que la consistance.
L'angoisse se fait sentir, tout comme le froid sec et mordant, paralysant définitivement tous mes membres. Cette chose se trouve devant moi, et je ne peux pourtant poser de mots sur cette dernière tant c'est la concrétisation des peurs humaines ancestrales. Ou plutôt je pourrais y poser des mots, en combattant avec vaillance la neurotoxine qui m'envahit, mais ceci serait vaine action. Le fait est par ailleurs que je ne puis détourner le regard de cette désolation de chaire gesticulante.

Les oiseaux eux-même commencèrent à déglutir, alors que tout se déformait lentement et que les forêts et l'océan semblaient s'animer de manière organique, immonde et spasmodique. Les spores de ces étranges fleures couleur glauque se collaient à moi et entravaient jusqu'au plus petit de mes mouvements. Frétillants et suppurants, les minuscules bestioles végétales recouvrirent mon corps entier à présent nu et visqueux. Seuls mes yeux étaient épargnés de leur bave acide et bleuâtre, à mon plus grand désespoir car je réalisais que Yuggoth n'était pas qu'une simple légende, pas qu'une simple histoire. Quelques réminiscences des sons dont mes oreilles avaient l'habitude se mêlaient à la cacophonie rampante de la planète à la consistance cinema bis.
De ces champignons infernaux qui jonchaient le sol exhalait une musique noise, impossible, extra-terrestre dont la cryptozoologie se réjouirait. Charnelle et cosmique, kraut jusqu'au cœur, grésillante, agréable comme le miel de fleurs empoisonnées. Yuggoth toute entière m'avala alors. J'eus la sensation de vomir mon corps par la tête, avant de rejoindre la flore hallucinée et d'en devenir moi-même une partie.



Fungi From Yuggoth (qui furent au départ des sonnets de H.P. Lovecraft) est un projet de noise, cosmique et acide, aux quintes "black metal" - du moins dans l'esprit. Le rendu est entrainant, très psychédélique et ambient, fantastique voir même Dada.
"Dada reste dans le cadre européen des faiblesses, c'est tout de même de la merde, mais nous voulons dorénavant chier en couleurs diverses, pour orner le jardin zoologique de l'art de tous les drapeaux des consulats do do bong hiho aho hiho aho."

En téléchargement gratuit et légal ici
Co-produit par Diazepam et Lightbulb

jeudi 27 décembre 2012

The Fiend Tape :: Mixtape


Download HERE for free
Après la Heinous Tape, c'est encore un peu les fêtes sur Abet Cuces. Ce 99e article va enfoncer le clou qui avait déjà bien entamé vos oreilles il y a quelques jours. The Fiend Tape est plus qu'un petit revenez-y, c'est deux autres heures de Black Metal tiré par les cheveux, noir à en faire pâlir le néant et possédé comme les zombies de Braindead.

Tracklist :

1) Sönderriket - Skymningssaga för Canis Lupus
2) Arborist - Total Entarchy
3) Urfaust - Verflucht Das Blenden Der Erscheinung
4) Menace Ruine - Salamandra
5) Murmuüre - Amethyst
6) Alpha Drone - To Take Earth Back from Man
7) Sutekh Hexen - Isvar Savasana
8) Amocoma - Unending
9) Brobdingnagian - My Mouth Tastes Like Blood My Blood Tastes Like You
10) Failure Ritual - Failure Ritual
11) 폐허 - After The Aliens
12) Rhinocervs - Untitled (from RH-12)
13) Mosaic - Creator of the Stars
14) Circle of Ouroborus - Skyline Painter
15) Nuit Noire - Seed of Light
16) Pasteles -

mardi 14 août 2012

Celer - Epicentrum of redness and lightness

 Aujourd'hui je me suis allongé sur le lac. Vous savez, ce lac. Cherchez, vous le connaissez.
(Ils ne voyaient pas de quel lac je parlais...)
Pourtant j'y vais, souvent, trop souvent. J'aime à y noyer mes pensées. Et en flottant sur cette eau claire qui reflète le ciel, j'ai beau me dire que toute cette pression que les gens me mettent, toutes ces mauvaises choses qu'ils ont en tête ne sont que...
(Les flots se creusaient sous moi, non plus comme un lit mais comme une faille.)
J'ai commencé à m'enfoncer dans les entrailles des eaux. Mes pensées sont très rapidement devenues des réflexes nerveux, et de contemplateur je passais à "survis!"
Je tentais d'agiter mes bras et mes jambes de manière synchronisée, à la manière d'une grenouille dont, j'espère, je n'avais pas l'élégance.


(De l'air, de l'air !)
Mes poumons se rétractaient, comme si je revivais ma naissance à l'envers. Aspiré.

Et j'ai voulu crier, sous l'eau - mais sous l'eau le son se résume à quelques bulles, en surface... Quelques frissonnements au loin, sûrement des poissons, et quelques lumières, sûrement... sûrement...

L'eau dans les poumons. J'ai respiré la moitié de la faune et de la flore par la même occasion.
Je ne sais pas si vous en avez déjà fait l'expérience, mais c'est à ce moment que tout se floute. Que tout devient distant, et que cette seconde où l'on devient le lac est tellement distordue qu'elle est en fait une brève éternité.

Quoi qu'il en soit, c'est là que je me suis mit à tout voir comme à travers un prisme. Coloré, tournoyant, d'un calme oppressant. Un calme lumineux et kosmischique. En plein délire, me direz-vous, mais lors de cette noyade tout me parlait, tout... chantait. Et je me suis mis aussi à chanter, sous l'eau - enfin c'est ce que je crois.
Même si j'étais face à la terre trempée, au fond, je me sentais monter dans une irrésistible quiétude. Je préfère décidément ce fond marin aux open-space. Pourtant tous les poissons me voient, ici. Moi qui n'ai pas de branchies, je devrais me sentir ridicule.
Et puis j'ai levé les yeux. Et j'ai battu des paupières. Je me souvenais de cet endroit, vu d'en haut, d'au-dessus de l'eau. Et je me suis souvenu d'elle. Enfant. Je m'étais accroché à l'arbre, en cochon pendu. Et comme moi aujourd'hui, elle avait bu l'eau. Elle en avait bue jusqu'à inonder les 35% de son corps qui n'étaient pas de l'eau.
C'est un peu comme un cimetière de baleines... ici viennent se retrouver ceux qui sont perdus. Et les yeux vers leur ciel, chanter. Je m'étais toujours demandé ce qu'étaient ces interférences, à la surface des lacs.


Celer est le projet de Will Long, un artiste très productif dans la scène ambient (sous diverses formes). Et ce n'est pas parce qu'il produit beaucoup qu'il produit mal. Au contraire, il livre des heures de rêve, et d'impression de coma surréaliste... je vous invite à découvrir le travail de ce merveilleux artiste sur son site.

Cette article regroupe trois de ses nouveaux albums :

Epicentral Examples of the More or Less (100 copies en CD)
Lightness and Irresponsibility (300 copies en tape)
Redness + Perplexity (digipack limité et chaudement recommandé !)

mercredi 30 mai 2012

Perinde ac Cadaver - Exercitia Spiritualia

Perinde ac cadaver :  "A la manière du cadavre", idéal ascétique d'obéissance parfaite et aveugle afin d'accomplir la volonté divine.

A vrai dire, Perinde ac Cadaver m'a instantanément aguiché par sa description, je cite : "Astral Electronic Death Ambient".
Je n'aurais pas trouvé meilleure formule.

Exercitial Spiritualia est, avant d'être une pièce musicale, un traité d'Ignace de Loyola - saint du XVIe siècle fondateur des jésuites et homme d'introspection.
Ces "Exercices Spirituels" consistent en un fatras de prières, de méditations et d'exercices spirituels qui donnèrent naissance à ce que l'on appelle avec justesse la "spiritualité ignacienne", personnalisation de la relation avec Dieu.
Par ailleurs, il est un fait notable à retenir de ce livre : il est fait pour ne pas être lu. St.Ignace l'écrit afin qu'ultérieurement, d'autres le continuent, et y mettent leurs propres exercices, leurs propres visions. C'est un livre qui se vit, et qui se meut dans le temps - et l'espace...
C'est ici que l'on rejoint donc ce Perinde ac Cadaver, dans une optique, il faut croire, religieuse et isolationniste à souhaits. Mais aussi et surtout : une expérience.

Nemo liber est, qui corpori servit
(N'est pas libre celui qui de son corps est l'esclave)

 - Epistoloe Ad Lucilium (XCII), Sénèque

L’œuvre commence donc sur cette phrase, titre de la première chanson qui nous durera un bon quart d'heure.
Et c'est là que l'on commence à être dérouté. Tout commence comme une ascension directe - mais douce. On monte... on monte encore, on ne sait pas si ça va s'arrêter tant tout parait grand et le noir sans limites.
Entre psychédélisme électronique façon Berlin School, et Dark Ambient profond, PaC transcende le genre sous ses airs de déjà-vu. Le thème du cosmique ou de l'astral, rares sont ceux qui s'y risquent. L'optique ici est très proche d'un Darkspace, mais aussi de l’ésotérisme bizarroïde de Yoga. La voix qui apparait après quelques minutes comme une liturgie d'un autre plan (on en sait pas plus sur ce qui est chanté, la cover est minimaliste à souhaits!) est noyée de reverb et légèrement pitchée, façon (witch) house, ce qui ne fait que renforcer un éclectisme déjà forcené. Une rythmique pulse en arrière-plan, comme le battement d'un cœur... comme la pulsation de l'univers.
Un testament musical sorti du futur, et que l'on trouverait dans les poubelles d'ici trois-cent ans que ça ne m'étonnerait pas (ceci est un compliment).
Fricoter avec le minimalisme, le black metal (j'en trouve étonnement dans la fin de cette chanson... allez savoir pourquoi), le dark ambient, l'electro klaus schulz-ienne... Mais aussi avec le Stoner/Doom. Parfaitement. N'oublions pas que ce courant est né de rythmiques hypnotiques et répétées très space rock '70.
Ces relents de psychédélismes saturés dans un Electric Wizard, les voilà revus comme Aluk Todolo l'a fait en un tout autre genre sous le signe de son black metal primitif, au jour d'un mélange des plus épurés.

Non est ad astra mollis e terris via
(Il n'est pas de route aisée de la terre aux étoiles) 

- Hercules Furens, (Tragédies), Sénèque

Et effectivement, cette piste est bien plus difficile d'accès. A la fois plus calme et plus angoissante, elle semble évoluer lentement dans les sphères du temps, comme un liquide coulant dans les deux sens. Et, seul, perdu au milieu, sorti par inadvertance du courant, vous voilà. A quelques minutes de la fin du voyage, vous voilà perdu sans retour possible - ou du moins aisé!
Seconde partie touchant plus à une structure La Monte Youg-ienne, sobre et pourtant ruisselante de mystères qu'il est difficile de percer. On croit la structure de la chanson simple, mais elle n'en est que plus retors et labyrinthique.
Là encore s'invitent des sonorités proches des explorations d'Angus McLise s'il s'était épris d'un trip cosmique.
Éternelle ritournelle aux métamorphoses douloureuses, fricotant avec une noirceur sans limites - ou une luminosité aveuglante. Tout dépend de votre imagination. Mais, pour sur, c'est un OVNI qui cache bien son jeu.

Et voilà le résultat...
A écouter et réécouter, car se perdre dans les méandres de cette chose est, effectivement, une expérience - organique - à vivre.

Sortie chez Tour de Garde
Support the fucking underground plague.

dimanche 22 avril 2012

M.J.Tapscott & A.Kenower - Good Morning, Africa

 Le petit nouveau de chez Bookmaker Records est un mélange obscène entre Folk et Ambient. Oscène, oui, c'est le mot.

M.J.Tapscott, c'est monsieur Odawas. Et c'est en sachant ceci que l'on comprend d'où vient le côté pop-rêveur du disque. Tapscott s'occupe de la naïveté de la pièce, tandis que Andrew Kenower s'amuse à déployer des draps de field-recording, d'ambient et de délicatesse.
Tapisser ainsi un travail musical est un travail d'orfèvre.

A l'image de la relation cover-titre ("Good Morning, Africa" avec des manchots et des couleurs froides...) l'album est décalé.
Trente-cinq minutes totalement à côté de la plaque.

Tout ceci, l'univers de cette galette, me fait penser à un arc-en-ciel (encore un coup de la cover ?). Coloré, lointain, objet de désirs et d'admiration béate sans que l'on puisse y poser des mots. Une bijou pluvieux, mais réjouissant. C'est touchant.
Et un arc-en-ciel n'est jamais seul. Il est toujours accompagné d'un second. Et ce second, c'est les moments de réécoute. Autant un disque de Folk, je le passe une fois et je m'en lasse tant c'est "simpliste", autant ici la collaboration fait des merveilles. Beaucoup de sons. Vraiment beaucoup, ce qui permet de revenir après une dizaine d'écoutes tout en s'émerveillant autant sur les nappes abîmées de The Polo Ground ou sur la moiteur digne d'une mousson sur Who'll Stop the Rain. Et c'est un atout.
D'autant que c'est admirablement bien mixé (James Plotkin...). Tout feutré, discret. Aucun instrument ne bouche l'autre. Au contraire, c'est doux. Les petites réminiscences '70 revues façon XXIe siècle bien sombre passent sans problèmes, tant et si bien qu'une autre collaboration m'est venu à l'esprit, celle de Catherine Ribeiro + Alpes. Au niveau musical en tant que tel, pas tellement de comparaisons possibles. Mais au niveau de l'atmosphère, c'est un peu ce que ça donnerait modernisé et passé au filtre de l'ambient. Un disque proto-hippie, inclassable.
Car on a à la fois ces côtés "chansons qui restent dans la tête", mais aussi le fait qu'on ne pourra jamais le chanter comme du Ribeiro justement. La musique est trop floue pour ça.
Astucieux mélange pour faire revenir sur ses pas l'auditeur...!

Un album à la fois structuré et déstructuré. Troublant car il est paradoxal sans être manichéen. Sincère, nostalgique, authentique.
Un album timide, émouvant.
"Good Morning, Africa" se passe de tout égo. C'est une canalisation d'émotions, et l'humain étant de nature assez complexe, d'émotions qui peuvent se révéler contraires. On passe de la pluie au beau temps, de l'abstrait au concret, de l'ancien au nouveau. Une contradiction que l'on aimerait peut-être un peu plus poussée. Mais n'est-ce justement pas là tout le charme de l'album ? Le fait qu'il n'ose pas.
Encore une fois cette timidité.
Une très belle aventure hors du temps, avec quelques rappels à la réalité, comme si on était soudainement passé de l'autre côté du miroir.

Pour acheter c'est sur le site de Bookmaker !

Mastering by James Plotkin, dudes!

petit lien pour le bandcamp de bookmaker qui livre des choses intéressantes

mercredi 14 mars 2012

Luperci - Jahator


Joseph Angelo - aka Luperci - nous offre depuis quelques années des sorties plus belles les unes que les autres. Que ce soit en LP, CDr ou cassettes, les artworks sont toujours magnifiquement travaillés, et les formats très limités...
Nous voilà donc présents après un Featherspines Autumn, joli best-of, pour ce full-lenght de plus d'une heure.
Au programme : du sitar.
Mais J.Angelo transforme véritablement l'instrument en outil de Drone. La "heavy sitar", comme le dit experimedia, est mélangée à de la noise distante, jamais trop dure, mais tout de même immersive à souhaits! Jahator relève de la méditation en field-recording. Sunn 0))) qui jouerait le White2 un jour d'éclipse. Les vautours rôdant en quête de chaire - plus ou moins fraiche. On passe en fait du drone, à l'ambient noise en cheminant à travers un genre de doom au sitar indien. Il fallait oser. Le tout reste lent, mais mélodique. Et surtout, la plus grande part du travail réside dans la recherche des vibrations. Elles s’interpénètrent, se mélangent et se transforment au fil de l'écoute.
C'est simplement une expérience hors du monde, hors du temps. Le corps qui résonne. L'esprit qui s'attache aux échos. Les yeux qui se brouillent. Les cloches qui tintent au loin. Pourquoi opposer une résistance ?
Pourquoi écrire sur cette pièce, car je ne ferais, je pense, que rabaisser le travail magistral de Luperci. Une œuvre réellement digne des productions de Catherine Christer Hennix, comme The Electric Harpsichord.
On touche, on esquisse ce que peut être la pureté. On comprend que les millions d'années pour arriver à l'homme moderne n'ont pas été totalement vains. Il en ressort une magie, au milieu de la fange. Une puissance lumineuse, radieuse. On aime à se dire qu'elle est en chacun de nous. Je ne saurais l'affirmer. Une chose est sure, elle est ici, omniprésente. Dans la musique de Luperci. Du début à la fin. Assourdissante de béatitude.

A noter : l'écoute en semi-sommeil est recommandée. Même si vous ne tiendrez peut-être pas l'heure entière, les images qui viennent en tête à ces moments sont inoubliables.

Écouter
Acheter (je ne suis pas sûr qu'il en reste)

mardi 28 février 2012

Annapurna Illusion - The Fifth Veda

Glanant quelques occultes cassettes chez Bimbo Tower, me voilà revenu avec - entre autres - cette sortie plutôt difficile à trouver. Mais, ô joie, ô bonheur! Ce petit catalogue devrait en intéresser plus d'un, et donner du fil à retordre à la Poste!
Annapurna Illusion, donc, est un side-project High Wolf, ex-Enfer Boréal ; chose qui nous mène à penser qu'on aura le droit à du bon ritual psyche-drone. Et c'est bien le cas. The Fifth Veda est une référence directe à l'hindouisme où le Véda est une clef de connaissance transmise oralement d'un brahmane à un autre. Et le 5e Véda est en fait un raccourci pour parler des histoires authentiques mentionnées dans un ancien groupe de textes indiens, le Purana - recueil mythologique et religieux.
Annapurna Illusion puise énormément dans cet ésotérisme, mais aussi dans nos religions (Lucifer, etc.). Inspiration entre David-Néel et Osman Spare. Mélange plutôt délirant, mais réussi. On s'imagine déjà parmi les montres des temps anciens, en haut d'une montagne sacrée, en pleine méditation transcendantale.
Les guitares fuzzy grésillent en fond, truffées d'effets en tous genre, pratiquement shoegaze, tandis qu'une voix bien déformée et distordue se laisse deviner, très très en arrière-plan. Par moments, ça fuse dans le style electro avec des percus sous reverb (Uball), et un riffing à la Ikarus (Ombre Monde) [ok je pars loin!] complètement hypnotique. En fait le groupe me fait énormément penser au Yoga que l'on trouve sur Megafauna. Un mélange psychotique et psychédélique bien acide et occulte. Album mythique dans ce style si il en est ; Et j'irais presque jusqu'à dire que cet Annapurna Illusion aurait pu être pondu par le même homme !
On est assez loin des premiers travaux du groupe, comme le Dance Of The Mezozoic (Pearls). Le son kraut/noisy a été gardé mais c'est au profit d'une musique plus profonde, plus fouillée - et fouillis! - qu'Annapurna nous livre ce Fifth Veda.
N'ayant aucun problème avec les sons d'ambiance, je ne me suis pas ennuyé une seconde durant les 40min de voyage, mais attention, donc, car la tape regorge de passages Dark Ambient, pouvant s'avérer assez lente.
Pour finir, je dirais que l'artwork représente, une fois de plus, bien la musique : monstrueuse, obscure et éthérée.
Excellente sortie qui mélange audacieusement Ambient et Drone.
Opening the doors of perception...

On peut donc se procurer cette petite chose ltd.100 ici
Et on écoute Uball, très représentative, ici

samedi 25 février 2012

Death And Vanilla - Death And Vanilla

Petit duo de Malmö, Suède, Death and Vanilla avait fait assez fort avec un premier EP sorti il y a deux ans. Mélangeant élégamment electropop et darkwave dans un univers sucré, le groupe en avait scotché plus d'un. Ils auraient même commencés leurs compos dans un grenier surplombant l'un des plus grands cimetières de Malmö ! On comprend d'où vient cette atmosphère nocturne.
.
Easylistening, peut-être, mais ce n'est pas pour autant que c'est criminel.

On se souvient bien de leur chanson Ghosts in the Machine, qui à l'époque avait plutôt marqué les esprits. Riffing psyché, sombre, une basse ronde et tout un tas de petits sons electro accompagnant une voix des plus belles de l'année. Sans pour autant réduire le groupe à une chanson, il est vrai de dire qu'elle est plutôt représentative. Et là, vous me direz : "Très bien! Mais on parle de l'album, maintenant ! T'as un train de retard!"
Bon, bon... j'y viens.

Le nouveau Death & Vanilla, donc. Je dirais même plus : l'album éponyme !
Au programme, toujours ce même style, perdu quelque part entre les grands de Broadcast et d'Amon Duul II. Une grosse dose de krautrock, plus grosse qu'avant, même. Et un univers enfantin vraiment bien foutu qui nous fait nous émerveiller à chaque note. Mais pour autant, le groupe a muri, plus expérimental, fantomatique, nostalgique. From Elsewhere montre très bien comment le groupe jongle entre les atmosphères, et s'amuse du collage d'ambiance. Et c'est là que le groupe se différencie un peu de la scène plutôt fournie de l'éléctropop suédoise - en même temps il faut dire qu'elle est fournie dans pratiquement tous les pays...
Car la musique de D&V est déroutante. Parfaitement!
Et c'est un amateur de noise, d'indus, et de black metal qui vous parle. L'album se rit des normes du genre, et c'est à coup de sythé complètement barré et de percus presque rituelles (on pense à "Cold" de oOoOO) qu'il nous porte dans ses contrées éloignées et acides. En fait, avec tout ce patchwork, reste une chose qui revient, c'est vraiment ce côté presque Floydien - bon, ça reste de la pop, ne vous attendez pas à Ummagumma - à la Expo '70. Étrange, cette ambiance nocturne mais psychédélique...!
En tous cas, ça fait un sacré album qui se barre un peu dans tous les sens, tout en ayant une ligne directrice bien affirmée. Ce n'est pas du gros n'importe quoi. Bien au contraire. Par ce renouveau sonore constant, on ne s'ennuie absolument jamais.
C'est rêveur, beau... c'est entrainant. C'est très imagé, un peu dans la veine de ce que fait SayCet - notamment en live. Du coup on ne rechigne pas quand Marleen et Anders nous prennent la main pour partir avec eux.

On peut dire que cet album est réellement plus poussé que leur précédent EP. On y sent une recherche, et une cohésion entre tous les éléments qui composent le disque telle qu'il est vraiment difficile d'y trouver un point noir. Plus que l'album de la maturité, c'est vraiment un miracle du genre. Enfin un groupe qui fait de l'electropop, de la vrai. Et pas un ersatz "sucraïllé" bon pour la radio.

Enfin un groupe qui ose pousser sa démarche, et faire encore plus original que leur précédente livraison. A vrai dire je ne m'attendais pas à une telle baffe...
En bref en résumé : Hands In The Dark vise dans le mille avec ces deux artistes à la musique picturale - fans de bandes originales françaises et italiennes des 60's! Si ça c'est pas un bon point, en plus!
Une sortie à ne pas rater (et ce sous aucun prétexte).


La prévente se passe ici (c'est limité en nombre, et le EP s'était vendu en moins d'un mois...)
On écoute un extrait ici

 (avant-goût de ce beau 12"...)
Out : Tuesday 13th March 2012