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vendredi 1 mars 2013

Aryan Art - Нашите Древни Символи

" — Tiens, capon, cochon, félon, histrion, fripon, souillon, polochon !" (Ubu Roi, A.Jarry)

'Nos Anciens Symboles' est le titre de ce split entre Aryan Art et Cripta Oculta. Pour des raisons purement élitistes - la partie de Cripta n'étant à mon goût pas tellement digne d'intérêt - nous ne parlerons ici que de la part de A.A., soit un peu plus de dix minutes d'exstase.

L'introduction du titre est l'une des choses les plus rituelles de ces dernières années. Des chants rauques sur des percussions et ce que l'on pourrait presque qualifier de crépitement d'un feu. Dépouillé et sans fioritures, merdre! Arrive sans crier gare mais avec un panache monstre la guimbarde, et le mélange n'est alors plus sans rappeller l'univers de Blood of the Black Owl - en plus raw, cela va s'en dire. Les aigles et la neige, la froidure d'un hiver ravageur.

Naissent des plaines glacées les guitares pures et planantes dont sont si friands nos blonds aux yeux bleus. Les lignes sont presque claires et pourtant il en ressort une violence digne et proche du Black Metal ukrainien traditionnel - la finesse en plus. Fier, le buste gonflé, l'échine droite et la tête haute, le métal noir national brûle vos icônes à la gloire des symboles passés. Crois en mon expérience, c'est dans la forêt et non dans les livres qui tu trouveras la vie supérieure.

Le chant, sûrement encore plus poignant (et peut-être même expérimental en tendant l'oreille) que sur '...И Берем Плодовете На Нашето Нехайство' est à la fois déchirant et débordant de vie. Un sacrifice - le renouveau par la mort. La blancheur immaculée qui se dégage de Нашите Древни Символи est presque perturbante. Tant de pureté, de beauté, sans forfaiture. L'intégralité de la chanson déferle comme une avalanche, avalant tout sur son passage, détruisant, de manière naturelle, cyclique, magnifique.

ÉCOUTER

A la croisée de Blood of the Black Owl et de Marblebog, cet Aryan Art est une pièce qui est sur le point de vous happer. Bouillonnant de transcendance, fragile et pourtant invincible, le duo bulgare ne décevra jamais. Un haut moment de musique.
Tape sortie chez Master of all Evil - sold-out.

lundi 25 février 2013

Law of the Rope / Crown of Bone - Split

"Puis je vis monter de la mer une bête qui avait dix cornes et sept têtes, et sur ses cornes dix diadèmes, et sur ses têtes des noms de blasphème."
(Révélation, 13:1)

Tout s'est inversé et les pluies de feu, les torrents démentiels de bruits s'abattent sur les têtes, décapitant par les ondes les vivants. La danse macabre comme d'une basse rebondissant et écrasant les crânes à chaque note, le souffle infernal du Dragon auquel se mêle une prière décharnée, incapacitante, fascinant l'ouïe des hommes. Les icônes une fois de plus brûlées, les valeurs reversées, ils rouvrent les cicatrices qu'avait provoqué l'âge de suif. L'herbe verte ne flambait plus mais aveuglait, rougeoyant sous sa couverture de cendres grises.

La cacophonie abrupte semblant être une lente machine à exploser les âmes continuait à se rire des hères terriens ; et la chose exhalant la condamnation se faisait saigner les lèvres dans des litanies infâmes. Le caractère opaque et inexorable de cette danse macabre n'étant en réalité qu'une façade - déjà insoutenable, l'horreur arriva lorsque l'immonde trompeur qui s'arrachait les cordes vocales revêtit sa couronne d'os.

Les visions de ténèbres et de sévices envahissaient soudain, plus réelles que le physique, les champs, les villes, se soulevait arrachant les arbres, déracinant les oiseaux qui, voletant, finirent broyés sous un flot de déraison funèbre. La représentation infect et maladive s’amorça en moi lorsque je fus obligé de boire à dans la coupe ensanglantée que le puant menteur me tendit. Alors, au milieu du chemin de notre vie, je sus que les neuf cieux n'étaient créés pour moi. Agonique, je peinais à ramper sous des océans d'os et de chaire putréfiée, sur lesquels les derniers hommes devinrent trop vite lépreux - se grattant jusqu'à ce qu'os s'en suive. Je rampais sous une puissance supérieure, mauvaise par essence, chaotique, sachant pertinemment que son aura nauséabonde m'avait d'ores et déjà perverti. Mes forces comme ma glotte m'abandonnèrent et je projetais alors l'intégralité de mes boyaux parmi les cendres, le feu et les crânes ornés de diadèmes.



Law of the Rope est bien connu de ceux qui recherchent la bizarrerie musicale. A la croisée de la noise et du black metal, le groupe au chant plus que malsain rebondit de toutes part, tantôt plein de reverb, tantôt lancinant et oppressant. La partie du split se rapproche ici d'un dark ambient blackisant, hanté, grésillant comme un mausolée de fer rouillé. Je découvre avec ce disque Crown of Bone, la partie la plus terrassante, où la power noise se mêle à de la power noise encore plus violente. Une partie extrême, possédée, et réellement dérangeante - bien plus que vous ne l'imaginez. Un split que je recommande aux amateurs de T.O.M.B., et d’extrémisme auditif (ce split est une perle du genre!)

Pro-Tape ltd.200 avec un artwork de Mories (Gnaw their Tongues) chez Crucial Blast !

mardi 18 décembre 2012

Felt Collective : Double article

Felt Collective, ça ne vous parle pas ?
Et pourtant, indirectement, j'en ai déjà parlé ici avec l'étrange sortie de Golders Green du sieur Byron, homme à tout faire du Felt.
Commençons avec l'aventure acidulée que constitue Software Wolf.

Spit & Image crache effectivement beaucoup d'images à la figure. Diluées, des loops dans tous les coins, le style qui acidule une cellule de prison et fait déconner l'espace-temps. Le rose bonbon coréen frappe, unilatérale. Spit & Image parle, vit, et nous voilà spectateurs d'une scène colorée, vivifiante comme un vent d'hiver qui remonte d'un tas de feuilles mortes. Il tourbillonne et bouillonne, impatient de crier lentement une douleur qui vire au sourire. Les moments perdus dans les transports en commun, à semi-conscient, la musique comme un voile sur les paroles des gens. Software Wolf met un peu de colorant auditif sur ce voile, qui se transforme en tapisserie brouillée, volatile et pleine de petits rythmes grouillants. Les crépitements de vinyles hantent les mélodies distantes.

Un train à vapeur part, et les gens parlent autour, de manière incompréhensible. Comme un canevas du départ. Et cet instant d’adieu, joyeux et déchirant, qui n'en finit pas. Le train se transforme en cuivre, tout comme les énergumènes qui m'encerclent. Allez savoir pourquoi, ces gens qui parlaient ne produisent maintenant plus que des paroles saturées. Surement ont-ils avalés des claviers analogiques, et déjà les voilà à faire de faux-contacts. Les chiens en laisses ont laissé place à des lits de fleures, aux tons tout aussi piquants que les sonorités sont sucrées.

C'est plus simple qu'il n'y parait. Imaginez My Bloody Valentine repris par SayCet. En Corée. Et peut-être encore plus propice au rêve éveillé.



Giovanni Lami (dont voici le travail photographique) et Ryan Connor - aka Sublamp, artiste de drone américain - arrivent sans préavis en livrant le chaos.
Les murs de guitares cristallins me font me sentir comme dans une cathédrale subissant un tremblement de terre. Les candélabres de verre accrochés au plafond vibrent et s'entrechoquent, alors que le séisme fait son possible pour mettre à terre les pierres posées les unes sur les autres, tenant comme par l'opération du Saint-Esprit. Le drone glacial arrive pourtant à réchauffer l'atmosphère translucide que provoque l'architecture de sable en fusion - et sous la froidure intenable les hallucinations auditive m'assaillent. J'entends mon sang qui s'écoule et les tissus scintiller, les notes du tremblement formant un gigantesque acrostiche dont je n'arrive pas à reconstituer le sens. Et le Drone vire en Doom, la glace en pierre, renforçant les voûtes et recouvrant les croix, statues et êtres. Et enfin le calme d'après la tempête. Reste ce magnétisme, irréel sûrement, mais qui me prend au tripes et m’inonde comme de cire.

עצמו - Lui-même. J'infuse dans ce calme, métamorphosé en un agréable acouphène. La surdité s'efface alors, laissant renaître les êtres et les âmes statufiées. Les bestioles ont envahies le lieu, et ré-instaurées une implacable loi : la Vie - et l’appétit, en goûtant la cire qui me recouvre. Impossible de se repérer dans cet enchevêtrement de briques de glace mais le vent me porte à l'oreille ces froissements d'ailes électriques. Certainement quelques insectes nidant ici et là. Au loin il fait sombre, bien plus sombre que sous les derniers rayons froids dont je profite. En me tournant, je réalise être à côté d'une rue passante. Je suis invisible. Dans mon beffroi. Je suis invisible et ils discutent, marchent, sentent les épices et les fruits. Je suis ailleurs. Je suis invisible. Il le sait. Je suis invisible.

Soundcloud pour le stream intégral du split.

mardi 24 juillet 2012

Leben Ohne Licht Kollektiv / Immemorial - Quantum of abstract physics

Article illustré

Devant l'autel, à prier. A prier la poussière, à prier l'Éternel. Au nom du Père, du Vice et du Saint Esprit.
Je pris ma croix, entre les mains, et la serra. Les branches s'enfoncèrent dans ma paume. Les gouttes tombaient vers le plafond. L'architecture toute entière de l'église était en tôle, mis à part les vitraux de plastique fondu. Aucune lumière ne filtrait à travers. Alors ils étaient rétro-éclairés, sûrement par des néons. Le style XVIe s'était bien déglingué - mais c'était le seul petit éclairage que j'avais.
Surtout ne pas allumer de bougies.
Jamais.

Je plaçais mes bras derrière ma nuque et me mis sur les genoux, dans une sorte de posture de la mort.
Mes larmes et ma bile coulaient elles-aussi vers le plafond. Toutes ces gouttes se mélangeaient en une mare couleur rouille au dessus de ma tête. Ils ne doivent plus être bien loin, si les liquides tombent en haut.
J'avais l'habitude de voir ces quelques nonnes, priant, implorant leur Dieu Unique qui n'avait pas trouvé meilleur jeu que de leur vomir à la figure. Aujourd'hui elles étaient nues, encore droites, inertes, avec un genre de guimpe qui leur recouvrait aussi le visage. Je n'avais jamais vu corps si maigre. Malgré cela, je les laissais car j’endentais leurs chants encore s'élever. Je me surpris à toucher la peau de l'une d'entre elles.

Derrière les murs de tôle, plus d'horizon. Je crois que nous sommes un peu dans l'espace, perdus, sans plus avoir besoin d'aucune volonté pour se mouvoir. La plus petite impulsion vous fait parcourir l'infini sans pause café. J'aurais tout donné, pour un café. Mais sans air, plus de plantes, plus de graines. Plus rien. La croix suspendue au cou, ma toque et ma robe collées à mon corps, et mon masque à gaz.
Tout doucement commencèrent les pulsations sur la tôle.
Comme chaque soir. Ces tambours rituels qu'Ils jouaient sur le plafond de mon église. Impossible pour eux de rentrer, seul le clocher dépasse du sol. Ce bruit qui n'indiquait rien d'autre que leur volonté de pénétrer ici avait pris à mes oreilles un ton de comptine, qui berçait mes rêves. Les ongles grinçant sur le métal.
Des espoirs. Illusionné, perdu entre le réel et mes pensées, perdu depuis leur arrivée. Esclave de nos sauveurs génocidaires. Je m'écroulais alors que leurs ombres passaient devant les vitraux.
Ses yeux me fusillèrent du regard. Lorsque je le vis, il semblait... amusé.

"We stamped on our solar system
Until it would stop breathing
Now it's stricking back
By taking it's own existence
On the road to total annihilation
The deconstruction of the creation"



L.O.L.K. est un projet ambient / indus de I.Luciferia, connu pour deux de ses projets que sont Osculum Infame et Reverence. (à écouter/voir si vous ne connaissez pas)
Immemorial est quand à lui le projet de D.Luce, officiant notamment dans HkY, qui livre un dark ambient dans la même veine.
Les deux groupes piquent au Black Metal, au Doom, à l'ambient donc et divers genres pour nous laisser un goût de sang dans la bouche. Oui, vous vous en êtes mordu la langue tellement c'était bon.
Si vous aimez Sembler.Deah (le groupe de Dehn.Sora qui a aussi fait l'artwork de ce split!), Blut aus Nord - dans une moindre mesure - et que le calme et l’oppressant sont votre adrénaline du soir, alors vous avez trouvé quoi écouter.

Sortie prévue en septembre.