Lors de mon codage, quelque chose a raté. Inclure la réalité augmentée à ma rétine pour me résoudre à ne rien comprendre. Les plantes - du moins les rares qui s'obstinent à vivre, les nuages de grès, le ciel de plomb, ne sont pour moi que des pixels. Les êtres, non plus vivants mais plutôt habitants, se résument à une tripotée d'informations digitales erronées.
Je suis une production.
J'espère ne pas être un produit.
Le ciel est bleu. Enfin je crois. On m'a dit qu'il était bleu comme cette fleure... le coquelicot. Il est bleu.
De toute manière, de quelle couleur pourrait-il être ?
J'aime écouter les autres se taire. Entendre le cheminement de leur souffle mécanique à travers leur poitrine vide où rugit l'essence. Il fonctionne même au zéro absolu.
Fléchir : le Dictionnaire le décrit comme un synonyme de "réfléchir". Plus personne n'utilise ce mot. Il n'a sûrement pas survécu au zéro absolu.
Ni aux salutations dégingandées dans l'escalier. Il est plein de moustiques. J'adore les laisser s'attaquer à mon substitut de peau. Descendre. Les bras écartés - et ne former qu'une croix. La vermine sur mes épaules. Toujours plus bas. Sentir le bitume et l'accepter comme son sauveur. Sentir sa couche artificielle de parfum réchauffé. Ne pas l'accepter. Traduire.
J'aimerais pouvoir me flétrir. Brancher mes fils et pénétrer l'univers. Vider mon âme et vendre ce corps que je n'ai pas.
Naître dans l'éclair insensé d'une erreur me donne plus de raison d'être que tous ces gens prévus et voulus.
J'envie seulement leur non-être. D'homme je veux devenir chaîne.
Reification. Au fond c'est ce que tout le monde veut. C'est la cause première de la mort. Devenir une chose, dans une boite. Ou jetée à la mer.
Il va bientôt falloir que j'aille dérouler les vagues.
J'aime voir les gens inertes. Les choses inertes. Les vagues inertes. Je n'irai pas les déplier aujourd'hui. Car c'est ici que la beauté réside. Dans ces murs vivants de leur inaptitude à exister. Bien plus qu'un homme.
Et suppositio nil ponit in esse.
Peau : Ce matin j'ai décidé de me l’arracher. Plus de légèreté. A vif, piqué par la prison que se révèle être l'infini. Inhibé. Ne plus rien sentir. Devenir le non-vivant, qui se meut comme la pierre.
Ichtyor Tides est un projet français entre l'indus, le drone, l'ambient et la noise incorporant à sa musique de la poésie. Non seulement la musique, plutôt rythmique, est en elle-même intriguant et parfaite pour qui a une imagination digne de ce nom (!), mais les passages narrés de poésie urbaine sont tout simplement magnifiques. Entre haiku et désespoir scandé, IT dit se sentir proche d'Arnold Böcklin, à raison.
Un travail sur la dystopie qui nous la montre sous un angle froid, dénu(d)é d'artifices, mais splendide en ceci qu'elle peut créer les pensées les plus vivantes.
Le CD (ltd.100) est sorti chez le label INVIDATION.
Avis aux amateurs de musique / poésie !! Chaudement recommandé.
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mercredi 22 août 2012
lundi 2 avril 2012
Alva Noto // A.Moor // A-J.Chaton - Décade
Les "pop", les "clac", les "bip". Autant de craquements que l'oreille s'est habituée à écouter avec les bobines des vieux films. Recherches minimales. Concrètes. Electro. La pureté de la musique, retour dans le passé, dans le son d'un monde sur écran, muet. Le film. Mémoire sourde, ancrée dans chaque mémoire. Ces "clics", ces "shhh". Reconstruction musicale de bruits, inexistants au quotidien, mais inévitablement liés à lui par les pellicules qui l'ont filmé. Cet "infini du silence matérialisé" comme dirait Éric Loret.
Huit jours pour une décade.
Alva Noto nous y a habitué, à cet étrange froideur, depuis les années 2000. Son dernier né Univrs en est l'exemple flagrant. Des pops doux, éphémères, des rythmes simplifiés, musique désincarnée et sans aucun artifice. Machinal, mais pourtant si humain. Source de la musique, simplifiée, simplifiée, simplifiée, qui tente par moments de s'extraire de sa condition, de muter dans son carré de 0 et de 1.
Mais DÉCADE n'est pas uniquement Carsten Nicolai. C'est aussi Anne-James Chaton (poète sonore qui a travaillé avec The Ex, Carsten...) et Andy Moor (The Ex). Réunion de fidèles, donc.
Alva Noto s'écarte de ses plongées habituelles dans un océan de "chhh" décharnés. Ou plutôt, il conserve son style, mais l'oriente vers un nouveau genre.
Là où Univrs était vraiment une néantisation de la musique, ce nouveau travail s'oriente vers des sphères beaucoup plus contemporaines. Il tirait et revenait à l'essence du son, puisant dans les rythmes millénaires (la musique - humaine du moins - vient de la percussion). Aujourd'hui, ce trio s'oriente vers ce que j'aurais l'audace d’appeler de la "cinématographie sonore". Bruissements Kodak et coupure de courant dans la salle.
Cinématographie à cause du travail sonore de C.Nicolai, donc, mais aussi à travers le travail de poésie de A-J.Chaton. Le spoken-word prend une tournure étrange, mi-anglais mi-français, avec un accent troublant (quelle voix, ce monsieur Chaton!) et même certains textes en japonais. Une histoire décousue du quotidien. C'est glacial, c'est machinal ; routinier.
On sent la petite patte de The Ex, aux guitares. Discrètes mais inspirées.
La tristesse pratiquement nihiliste des déplacement d'un homme, qui vit. Qui vit pour vivre. Il est. Il bouge. Il voyage. Parfois, il téléphone.
Glaçant.
Une œuvre assez totale, assurément urbaine. Éthérée. Musique contemporaine minimale teintée de post-punk.
On se sent coincé dans les rails d'un métro, à écouter ce dernier passer, revenir, repasser. Sa bio à la main. Une bio où il n'y a rien. Sauf des moments que l'on pense insignifiants de notre vie, et qui pourtant la constituent.
Si vous n'avez pas peur des explorations sonores, chaudement recommandé.
Débrouillez-vous pour trouver.
Huit jours pour une décade.
Alva Noto nous y a habitué, à cet étrange froideur, depuis les années 2000. Son dernier né Univrs en est l'exemple flagrant. Des pops doux, éphémères, des rythmes simplifiés, musique désincarnée et sans aucun artifice. Machinal, mais pourtant si humain. Source de la musique, simplifiée, simplifiée, simplifiée, qui tente par moments de s'extraire de sa condition, de muter dans son carré de 0 et de 1.
Mais DÉCADE n'est pas uniquement Carsten Nicolai. C'est aussi Anne-James Chaton (poète sonore qui a travaillé avec The Ex, Carsten...) et Andy Moor (The Ex). Réunion de fidèles, donc.
Alva Noto s'écarte de ses plongées habituelles dans un océan de "chhh" décharnés. Ou plutôt, il conserve son style, mais l'oriente vers un nouveau genre.
Là où Univrs était vraiment une néantisation de la musique, ce nouveau travail s'oriente vers des sphères beaucoup plus contemporaines. Il tirait et revenait à l'essence du son, puisant dans les rythmes millénaires (la musique - humaine du moins - vient de la percussion). Aujourd'hui, ce trio s'oriente vers ce que j'aurais l'audace d’appeler de la "cinématographie sonore". Bruissements Kodak et coupure de courant dans la salle.
Cinématographie à cause du travail sonore de C.Nicolai, donc, mais aussi à travers le travail de poésie de A-J.Chaton. Le spoken-word prend une tournure étrange, mi-anglais mi-français, avec un accent troublant (quelle voix, ce monsieur Chaton!) et même certains textes en japonais. Une histoire décousue du quotidien. C'est glacial, c'est machinal ; routinier.
On sent la petite patte de The Ex, aux guitares. Discrètes mais inspirées.
La tristesse pratiquement nihiliste des déplacement d'un homme, qui vit. Qui vit pour vivre. Il est. Il bouge. Il voyage. Parfois, il téléphone.
Glaçant.
Une œuvre assez totale, assurément urbaine. Éthérée. Musique contemporaine minimale teintée de post-punk.
On se sent coincé dans les rails d'un métro, à écouter ce dernier passer, revenir, repasser. Sa bio à la main. Une bio où il n'y a rien. Sauf des moments que l'on pense insignifiants de notre vie, et qui pourtant la constituent.
Si vous n'avez pas peur des explorations sonores, chaudement recommandé.
Débrouillez-vous pour trouver.
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