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mardi 19 février 2013

Spektr - Cypher

Tout n'est qu'une question de cycle. Les saisons maussades qui meurent pour ressusciter plus vives et sans fatigue. Les lunes et les soleils, la bile et les joies. Les souvenirs que chaque nuits je vous injecte.

Les arcs-en-ciel glauques vomissant l'exutoire, les patients déformés qui défilent en attendant la réincarnation. Le cycle infernal de damnés copulant dans les ronciers au vert peu accueillant, suintant de tels flots de sang qu'ils en eurent donnés la nausée au Comte de Gernande. La cinquième dimension, celle-là même que l'homme ne peut appréhender, est pourtant jonchée de seringues humides. La théorie du tout se ratatine au néant et de l'alchimie d'une cuillère brûlée, l'univers se dilate les pupilles.

Quelques vents de vertu s’immiscent encore entre les ombres naissantes et les difformités nucléaires, comme cherchant une âme à ravager - car tout s'inverse. Le règne de Manea s'annonce, inversant les valeurs et agressant le chevaleresque. Les nuits de béton passées au fond d'églises au parquet de bois grinçant résonnent comme le plus inutile et minuscule des cris depuis la naissance de l'Univers.
MON DIEU, je vous parle à présent ! Je vois ton visage s'afficher dans le cryptage de la télévision.
Il y a TOUT là-dedans, TOUT ! Tu regardes, tu te mets à genoux et tu PRIES.

Le stupréfiant me ronge sans même que je désire un substitut. Taillader par l'infect et détrôner, piller, désacraliser jusqu'à l'étrange extase - l'internement. Les cachets que je crache me laissent un goût infâme dans la bouche. J'aurais voulu ma cellule capitonnée d'herbe grasse et de terre humide, mais impossible. On m'injecte seulement des souvenirs, des rêves, des ambitions si réelles qu'elles en sont diaboliques. Mais ils ravalerons leur relents. Tous, et ils seront forcés de prier la bouche dégueulant leurs tripes d'ombre et de lumière. Car le Royaume des Cieux connaît quelques tourments pour l'âme que seule l'angoisse du vide a jamais osée toucher du doigt.

Le cycle à la moiteur tiède se brise. Mon corps gicle en éclats. Et ils vous tomberont dessus dans l'obscurité. Et personne ne vous secourra.



Si vous avez suivi l'aventure Spektr, alors vous êtes au courant du The Near Death Experience de 2006, rance black metal de France glacial, aux frontières de l'industriel et aux confins de la folie. Le groupe pue le suif, il éructe de l'acide. La bête immonde s'avère ici carrément proche du jazz ! Certaines pistes sont clairement héritées de ce style, tandis que d'autres se rapprochent plus d'un black metal dégoulinant façon Blut Aus Nord, mélangé à un dark ambient poussiéreux sorti de l'hôpital psychiatrique haute-sécurité. Une image ? Un fauteuil roulant flingué à la dérive sur lequel trône un dieu psychotique perdu quelque part dans la cinquième dimension.

Direction Agonia Records pour vous offrir le 12" ltd.150 avec poster en A2
Allez. Fais-le.

vendredi 8 février 2013

Arbre - I

Le Black Metal forestier d'Arbre est raw, âpre et laisse une odeur de pluie après lui. Totalement nu, dépouillé, mais tranchant - l'Art Noir envahit les bois et s'infiltre dans les airs comme monte un hymne. À la nature cruelle, glaciale, aux vents froids d'hivers français, secs comme un coup de trique. Lui aussi est mordant, mais il a une âme, un âme damnée errante - tantôt dans des champs desolés, tantôt dans des landes à la bruyère gelée et aux troncs déracinés par les tempêtes. Quelques corbeaux s'envolent, rejoignant leurs tanières de brindilles bleuies par la froidure et la neige qui recommence à tomber.

Comme des aiguilles de pins, les notes sont piquantes, et le schéma musical digne de l'architecture d'un arbre mort. Les feuilles au sol, racornies, attendant d'être mangées par un cerf déjà éventré, les tripes rougeoyantes étalées quelques mètres plus loin sous un petit noisetier tentant misérablement de pousser dans cet environnement hostile. Il faut dire que même si cette feuille n'a maintenant plus rien a attendre que sa décomposition en poussière, les intestins du cerfs forment une auréole rouge qui n'a rien de désagréable dans ce paysage d'hiver.

Me cloîtrer dans ma vieille forteresse de bois en instance de moisissure n'est pas une bonne idée et je réfléchis à fuir avec les chouettes et les hiboux, en oiseau de proie, emprunter les ailes d'un metal noir trop longtemps oublié. Le revoilà de guingois, sortant des terres gelées, brisant la glace qui couvre l'humus et herbe grasse, s'infiltrant dans les racines, les écorces. Cet appel au loin dans le gris que les habitants de la forêt entendent et reconnaissent sans besoin même de tendre l'oreille. Il porte des nouvelles : "Le cerf brame, l'hiver est en neige, l'été s'en est allé. Haut et froid est le vent. Le soleil ? Il est bas et sa course tôt finie. La mer même se soulève, la fougère rougeoie et sa forme s'est cachée. Il devient coutumier, l'appel de la bernache. Le froid s'est saisi des ailes des oiseaux. Saison de glaces : telles sont mes nouvelles."

Arbre est un groupe de Black Metal français, aussi discret que raw, à l'ambiance incroyablement froide et à l'expression hivernale surannée. Le projet semble imprégné des saisons froides et de la fête de Yule, le côté encore sombre de l'année, la grande noirceur, dure et poignante. Tout ceci me rappelle l'immense groupe Paysage d'Hiver, dont le son est ce qui se rapproche le plus d'Arbre : pur et lo-fi.
Le premier album est sorti chez Distant Voices et je ne saurais que trop vous conseiller de l'acheter et de le surveiller car nous avons affaire ici à notre Pd'H français - qui plus est le packaging est magnifique.

dimanche 23 septembre 2012

lnndl - Le Passager Des Etoiles

Le modèle Randall-Sundrum s'amuse à avaler mes pensées, et la neige qui tombe au dehors, ce n'est pas de la neige. Ce sont de minuscules trous noirs.
Ils tombent au dehors - mais au dehors de quoi ?
Il n'y a rien autour de moi. Du vide qui fait du bruit. Le chaos qui se réorganise.

Mon enregistreur à bandes magnétiques!
Field-recording du Big Bang. Crac! On me vole ma colonne vertébrale et j'en ai des spasmes. J'ai le mal du pays. Il a implosé. Natal.

J'ai voulu attraper l'horizon mais je n'ai trouvé que des nuages. Et ils m'ont percé le cerveau, se sont répandu de mes oreilles jusqu'à en faire de la poudre. Lakka spatial.

Transuniversel vers 17h 45m 37.224s, −28° 56′ 10.23″ (J2000).
Enclenchement du warp en direction des pôles du cosmos. Quelques secondes de saut dans l'espace-temps où l'on a l'impression de devenir l'Atman.
Il faut que je quadrille. En spirale. Tourner. Enregistrer le chant de l'oiseau céleste. Et le perdre. A jamais le perdre. Car il faut suivre la Ligne.

Certains me comprendront.

Décrire la musique d'Alexandre Casademunt serait la réduire. Disons simplement qu'il est dans un futurisme musical encore plus poussé qu'Autechre (Tri Repetae), dans un inaudible totalement séduisant qui me ravie.
Il m'est littéralement impossible de poser des mots sur cette œuvre, je ne peux que dire que cette écoute est quelque chose à faire absolument dans une vie.

lundi 9 juillet 2012

Minamata After Dark - Untitle


Minamata. Torture. Alienation. Perverse. Insondable. Noir. Maladive. Stigmate. Amour. Discipline. Désobéissance. Anti. Joug. Dépravée. Snuffer. Extrême. Toxique. Dérangeante. Dévastée. Mauvaise. Enfer(mée). Explosive. Instable. Belliqueuse. Déchirante. Dangereuse. Démente. Esclave. Pestiférée. Miraculée. Inapte. Différente. Seule. Vide. Nihiliste. Pessimiste. Je-m'en-foutiste. Abyssale. Hallucinée. Joueuse. Détruite. Prophète. Charbonneuse. Cathartique. Sadique. Étrange. Colère. Rire. Mort. Solitude. Abîmée. Joie. Joie. Joie. Après. Drogue. Violence. Inhumaine. Totalement. Absolue. Irréelle. Abrasive. Illogique. Divine. Sauvage. Amorale. Intangible. Traumatisme. Haine. Destruction. Amour. Noir. Déraison. Réprouvée. Angoissante. Nerveuse. Enfantine. Minimale. Animale. Nocturne. Intransigeante. Calme. Incisive. Tranchante. Contemplative. Industrielle. Marginale. Sulfureuse. Noire.

L'échafaud serait pour moi le trône de mes voluptés, j'y braverais la mort en jouissant du plaisir d'expirer victime de mes forfaits.





mardi 8 mai 2012

Saåad / EUS / Postdrome - Sustained Layers

Saåad est un groupe que j'aime tout particulièrement. Pourquoi ?
C'est très simple : il me transporte. Alors que je manque de temps, et parfois de volonté, pour franchir le pas et me confronter à l'absolu, Saåad a la bonté et la grâce de venir me titiller les oreilles et de m'y faire goûter, du bout de la langue.
"S'il y a quelqu'un qui doit tout à Saåad, c'est bien Dieu." (comment ça, je fais de fausses citations en reprenant du Cioran ?)

Postdrome... j'en avais parlé ici aussi, en réalité. A croire que BLWBCK et ses proches forment une véritable petite famille ! Et on ne va pas s'en plaindre.
Postdrome, postdrome... mais si! Souvenez-vous!
Ici encore, c'est un groupe parfait pour se coller à la fenêtre une nuit, tout oublier, s'en griller une et contempler le magnifique tableau dans lequel nous vivons sans même y faire attention...

Et EUS ? Ah! EUS! Je n'ai malheureusement, non par manque d'envie mais plutôt de temps, pu chroniquer le travail de cet artiste... du Costa-Rica. Entre un split étrange avec Mytrip et de l'ambient éthéré aux tons chauds pour Vhino No Desce, autant vous le dire, on se laisse très vite prendre au jeu.
Un point commun entre les trois ? Cette puissance, ce magma élémentaire compacté dans le son le plus dépouillé possible. Un autre point commun ?
Mais c'est cette collaboration entre ces trois artistes, suivez un peu!

J'avoue avoir attendu durant longtemps cette collaboration (merci Romain de m'avoir donné l'eau à la bouche il y a de ça plusieurs mois maintenant !), pour ensuite... douter. Eh oui, comme un film qui aurait trop de bons acteurs en même temps, ces derniers au lieu de collaborer intelligemment s’autodétruisent souvent... on a aussi vu ça avec certains super-groupes...
Alors, Sustained Layers serait-il touché par le syndrome ?

A l'instar de la pochette, lors de l'écoute, on ressent un sentiment étrange. Comme si la mer s'était figée, comme si tout s'était métamorphosé, sans pour autant qu'aucun changement ne soit visible. Et qu'au lieu d'entendre les conversations des gens, on entende les vibrations de leurs corps.
Un sentiment troublant, qu'il soit trois heures du matin ou trois heure de l'après-midi...
On reconnaît la patte de Saåad, au son tout juste saturé, mais aussi Postdrome et sa... bizarrerie. Et pour ma part, je dirais qu'une fois de plus EUS donne un ton chaud au tout.
L'album est très linéaire, et de ce fait les pistes cohérentes entre elles, ce qui rend l'effet de "voyage" extrêmement présent. On part - et on aimerait ne jamais en revenir.

Qu'on se retrouve sur la lettre "A" de l'Océan Atlantique ou encore à se remémorer soudainement l'odeur d'un Eden perdu il y a trop longtemps, ce Sustained Layers vous donnera en tous cas à tous des ailes.
Ces différentes couches (ou layers, justement) se fondent délicatement les unes aux autres, et vous force à stopper votre concentration. Il faut tout écouter en même temps, sans jamais se focaliser.
A partir de ce moment, vous pouvez dire adieu au réel, et bonjour à l'un des splits les plus beaux sur lesquels vous ayez posé l'oreille...
Non, les trois artistes ne se sont définitivement pas détruits, mais au contraire se complètent. Une nouvelle entité à vue le jour, et si vous avez écouté l'un des trois groupes, ou si vous vous êtes déjà penché sur le stuff de chez BLWBCK, alors vous savez que vous aller aimer.
Chaudement recommandé - à tous ceux qui aiment passer de bons moments, simplement. Pas de prise de tête, pas de difficulté d'accès, juste underground comme il faut... et puis c'est beau, et c'est tout ce qui importe. Car la beauté, la vraie, n'est pas subjective.

Ici, ne vous attendez pas à du EUS, ni à du Saåad, ni à du Postdrome. Seulement à une triple-dose de subtilité.
A noter que Metal Alvin, une autre de chez BLWBCK, fait un feat. sur la dernière chanson. Et à noter aussi que c'est magnifique...

Il ne vous reste qu'une chose à faire :
Foncer!
Acheter la tape chez BLWBCK (ltd.66 et ça part très très très vite à chaque fois)
Ou attendre un potentiel stream ici

C'est t'y pas beau ?

Sortie officielle le 28/05/2012