Quand tout se chevauche, alors c'est à ce moment que je me sens plus proche du sidéral que du sushi-bar de ma rue.
C'est tout d'abord le métro. Calme, et pourtant incroyablement mouvant. Des nuages de gens passent, s'en vont, repassent, et je ne fais aucune différence entre leurs visages. Je suis perdu dans ces vagues de lumières - qui sont en fait le résultat des reflets des lampes des tunnels sur les portes métalliques du transport en commun. Tout défile et je reste calme. En réalité, en quelques secondes à peine, les lumières stellaires souterraines m'avaient happées comme une lampe un moustique.
En y regardant bien (c'est alors que je suis prostré sur les portes du métro), des canyons se forment dans les creux des portes, entre le caoutchouc et le fer. Aveuglé je sens un odeur de poussière se frayer un chemin dans ma bouche - sûrement seulement le clochard céleste derrière moi. Le métropolitain devient alors un désert, mon désert, je ne veux plus y faire rentrer personne. Je bloque les portes et pris de panique cours dans la rame, change plusieurs fois de sièges comme zappant les planètes. Le désert est glacial. Je flotte. Les gens, en réalité, continuent de passer. Mais le clochard joue de l'harmonica. En fait, nous sommes deux à flotter, à dériver dans les grandeurs nocturnes de la ligne 3 - terminus Saturne.
Il s'est stoppé. Plus personne, cette fois. Plus même l'homme à l'harmonica. Plus de lumière. Plus rien, sauf les banquettes à demi-éclairées et les restes de traces de pas au sol. Je pense être dans la gare. Forçant un peu les portes, je sors, et à peine posais-je le pied au dehors que... rien. Et cette fois, je dérivais vraiment, dans l'espace infini, et m'inventais des monstres et des visages sur la queue des comètes afin de me rassurer.
Je montais la nébuleuse à la tête de cheval! Les éperons (dieu sait comment ils avaient atterris sur mes pieds) dans le flanc du nuage rougeoyant, je n'avais par contre personne à qui dire "pas assez de place pour nous deux, étranger." D'autant que de la place, j'en avais à revendre. Mais ma chevauchée fumée avait un goût de montée des escaliers en direction du Paradis. Je replaçais sur ma tête le chapeau de Céphée en direction de l'étoile polaire. Paré à ma destination finale.
J'allume ma dernière clope et je reprends le métro direction Saturne.
Bon sang de station Gambetta.
Henryspenncer, aka Valentin Féron, livre avec Saturn un vrai conte. Le concept du "space desert" rock n'est pas si dingue qu'il en a l'air puisque d'un certain côté, l'espace est un sacré désert dans son genre. Puis le son, à la fois Stoner qui grésille dans la veine ferrugineuse de Grails et spatial comme un groupe de Drone, ne nous laisse pas reprendre notre souffle une seconde. Après tout, le trajet Terre - Saturne se fait sans respirer. Dans l'espace il n'y a pas d'air. Seulement des rencontres étranges, de la puissance sonore chthonienne et aérienne, de la douceur fuyante et une sacré dose de psychédélisme occulte à la Led Zep'.
Stream et achat sur le Bandcamp de Henryspenncer
Mais aussi chez BOOKMAKER RECORDS. Soutenez ces mecs, ils font un travail de fou et ne sortent que des perles (je vous assure). CD ltd.100 !!
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lundi 18 février 2013
mercredi 30 mai 2012
Perinde ac Cadaver - Exercitia Spiritualia
Perinde ac cadaver : "A la manière du cadavre", idéal ascétique d'obéissance parfaite et aveugle afin d'accomplir la volonté divine.
A vrai dire, Perinde ac Cadaver m'a instantanément aguiché par sa description, je cite : "Astral Electronic Death Ambient".
Je n'aurais pas trouvé meilleure formule.
Exercitial Spiritualia est, avant d'être une pièce musicale, un traité d'Ignace de Loyola - saint du XVIe siècle fondateur des jésuites et homme d'introspection.
Ces "Exercices Spirituels" consistent en un fatras de prières, de méditations et d'exercices spirituels qui donnèrent naissance à ce que l'on appelle avec justesse la "spiritualité ignacienne", personnalisation de la relation avec Dieu.
Par ailleurs, il est un fait notable à retenir de ce livre : il est fait pour ne pas être lu. St.Ignace l'écrit afin qu'ultérieurement, d'autres le continuent, et y mettent leurs propres exercices, leurs propres visions. C'est un livre qui se vit, et qui se meut dans le temps - et l'espace...
C'est ici que l'on rejoint donc ce Perinde ac Cadaver, dans une optique, il faut croire, religieuse et isolationniste à souhaits. Mais aussi et surtout : une expérience.
Nemo liber est, qui corpori servit
(N'est pas libre celui qui de son corps est l'esclave)
- Epistoloe Ad Lucilium (XCII), Sénèque
L’œuvre commence donc sur cette phrase, titre de la première chanson qui nous durera un bon quart d'heure.
Et c'est là que l'on commence à être dérouté. Tout commence comme une ascension directe - mais douce. On monte... on monte encore, on ne sait pas si ça va s'arrêter tant tout parait grand et le noir sans limites.
Entre psychédélisme électronique façon Berlin School, et Dark Ambient profond, PaC transcende le genre sous ses airs de déjà-vu. Le thème du cosmique ou de l'astral, rares sont ceux qui s'y risquent. L'optique ici est très proche d'un Darkspace, mais aussi de l’ésotérisme bizarroïde de Yoga. La voix qui apparait après quelques minutes comme une liturgie d'un autre plan (on en sait pas plus sur ce qui est chanté, la cover est minimaliste à souhaits!) est noyée de reverb et légèrement pitchée, façon (witch) house, ce qui ne fait que renforcer un éclectisme déjà forcené. Une rythmique pulse en arrière-plan, comme le battement d'un cœur... comme la pulsation de l'univers.
Un testament musical sorti du futur, et que l'on trouverait dans les poubelles d'ici trois-cent ans que ça ne m'étonnerait pas (ceci est un compliment).
Fricoter avec le minimalisme, le black metal (j'en trouve étonnement dans la fin de cette chanson... allez savoir pourquoi), le dark ambient, l'electro klaus schulz-ienne... Mais aussi avec le Stoner/Doom. Parfaitement. N'oublions pas que ce courant est né de rythmiques hypnotiques et répétées très space rock '70.
Ces relents de psychédélismes saturés dans un Electric Wizard, les voilà revus comme Aluk Todolo l'a fait en un tout autre genre sous le signe de son black metal primitif, au jour d'un mélange des plus épurés.
Non est ad astra mollis e terris via
(Il n'est pas de route aisée de la terre aux étoiles)
- Hercules Furens, (Tragédies), Sénèque
Et effectivement, cette piste est bien plus difficile d'accès. A la fois plus calme et plus angoissante, elle semble évoluer lentement dans les sphères du temps, comme un liquide coulant dans les deux sens. Et, seul, perdu au milieu, sorti par inadvertance du courant, vous voilà. A quelques minutes de la fin du voyage, vous voilà perdu sans retour possible - ou du moins aisé!
Seconde partie touchant plus à une structure La Monte Youg-ienne, sobre et pourtant ruisselante de mystères qu'il est difficile de percer. On croit la structure de la chanson simple, mais elle n'en est que plus retors et labyrinthique.
Là encore s'invitent des sonorités proches des explorations d'Angus McLise s'il s'était épris d'un trip cosmique.
Éternelle ritournelle aux métamorphoses douloureuses, fricotant avec une noirceur sans limites - ou une luminosité aveuglante. Tout dépend de votre imagination. Mais, pour sur, c'est un OVNI qui cache bien son jeu.
Et voilà le résultat...
A écouter et réécouter, car se perdre dans les méandres de cette chose est, effectivement, une expérience - organique - à vivre.
Sortie chez Tour de Garde
Support the fucking underground plague.
A vrai dire, Perinde ac Cadaver m'a instantanément aguiché par sa description, je cite : "Astral Electronic Death Ambient".
Je n'aurais pas trouvé meilleure formule.
Exercitial Spiritualia est, avant d'être une pièce musicale, un traité d'Ignace de Loyola - saint du XVIe siècle fondateur des jésuites et homme d'introspection.
Ces "Exercices Spirituels" consistent en un fatras de prières, de méditations et d'exercices spirituels qui donnèrent naissance à ce que l'on appelle avec justesse la "spiritualité ignacienne", personnalisation de la relation avec Dieu.
Par ailleurs, il est un fait notable à retenir de ce livre : il est fait pour ne pas être lu. St.Ignace l'écrit afin qu'ultérieurement, d'autres le continuent, et y mettent leurs propres exercices, leurs propres visions. C'est un livre qui se vit, et qui se meut dans le temps - et l'espace...
C'est ici que l'on rejoint donc ce Perinde ac Cadaver, dans une optique, il faut croire, religieuse et isolationniste à souhaits. Mais aussi et surtout : une expérience.
Nemo liber est, qui corpori servit
(N'est pas libre celui qui de son corps est l'esclave)
- Epistoloe Ad Lucilium (XCII), Sénèque
L’œuvre commence donc sur cette phrase, titre de la première chanson qui nous durera un bon quart d'heure.
Et c'est là que l'on commence à être dérouté. Tout commence comme une ascension directe - mais douce. On monte... on monte encore, on ne sait pas si ça va s'arrêter tant tout parait grand et le noir sans limites.
Entre psychédélisme électronique façon Berlin School, et Dark Ambient profond, PaC transcende le genre sous ses airs de déjà-vu. Le thème du cosmique ou de l'astral, rares sont ceux qui s'y risquent. L'optique ici est très proche d'un Darkspace, mais aussi de l’ésotérisme bizarroïde de Yoga. La voix qui apparait après quelques minutes comme une liturgie d'un autre plan (on en sait pas plus sur ce qui est chanté, la cover est minimaliste à souhaits!) est noyée de reverb et légèrement pitchée, façon (witch) house, ce qui ne fait que renforcer un éclectisme déjà forcené. Une rythmique pulse en arrière-plan, comme le battement d'un cœur... comme la pulsation de l'univers.
Un testament musical sorti du futur, et que l'on trouverait dans les poubelles d'ici trois-cent ans que ça ne m'étonnerait pas (ceci est un compliment).
Fricoter avec le minimalisme, le black metal (j'en trouve étonnement dans la fin de cette chanson... allez savoir pourquoi), le dark ambient, l'electro klaus schulz-ienne... Mais aussi avec le Stoner/Doom. Parfaitement. N'oublions pas que ce courant est né de rythmiques hypnotiques et répétées très space rock '70.
Ces relents de psychédélismes saturés dans un Electric Wizard, les voilà revus comme Aluk Todolo l'a fait en un tout autre genre sous le signe de son black metal primitif, au jour d'un mélange des plus épurés.
Non est ad astra mollis e terris via
(Il n'est pas de route aisée de la terre aux étoiles)
- Hercules Furens, (Tragédies), Sénèque
Et effectivement, cette piste est bien plus difficile d'accès. A la fois plus calme et plus angoissante, elle semble évoluer lentement dans les sphères du temps, comme un liquide coulant dans les deux sens. Et, seul, perdu au milieu, sorti par inadvertance du courant, vous voilà. A quelques minutes de la fin du voyage, vous voilà perdu sans retour possible - ou du moins aisé!
Seconde partie touchant plus à une structure La Monte Youg-ienne, sobre et pourtant ruisselante de mystères qu'il est difficile de percer. On croit la structure de la chanson simple, mais elle n'en est que plus retors et labyrinthique.
Là encore s'invitent des sonorités proches des explorations d'Angus McLise s'il s'était épris d'un trip cosmique.
Éternelle ritournelle aux métamorphoses douloureuses, fricotant avec une noirceur sans limites - ou une luminosité aveuglante. Tout dépend de votre imagination. Mais, pour sur, c'est un OVNI qui cache bien son jeu.
Et voilà le résultat...
A écouter et réécouter, car se perdre dans les méandres de cette chose est, effectivement, une expérience - organique - à vivre.
Sortie chez Tour de Garde
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