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samedi 25 août 2012

Golders Green - Suite n°2 in Drone Major (op.3)

Si tout n'était que résonance. Le choc des atomes, des molécules. La rencontre fortuite d'êtres titubants.
Mon radiateur me parle quand je me cogne la tête contre lui.
En tendant l'oreille, tout chante - des fenêtres aux cheminées. Si tout n'était que la résonance des cloches. Tout serait vague, erratique. Cherchant le soleil, rampant et s'entassant jusqu'à former des rocs.
Chanter dos au sol, formant d'immenses idéogrammes à la gloire de l'oubli d'un culte. La plante des pieds contre la tête.
Jusqu'à la formation d'une île. Ou d'une presqu'île.

Après quelques coups contre la grille de mon radiateur, je ne sens plus rien. Le bruit métallique résonne dans mon crâne - et l'eau qui s'écoule dans le réservoir me semble s'infiltrer dans mes oreilles dès que je me concentre dessus. La possibilité du ciel.


La tête dans les cloches. Oscillant de droite à gauche, et m'écrasant inévitablement sur les parois. Il est ...h.
Ma tête et les cloches tout en bandes magnétiques. Nos fidèles de plastique chantent avec une voix abîmée. La liturgie d'un déchirement céleste. Je vois la tête! Il est électrique.

µ Ara c

Je ne sens pas, je ne ressens pas. Je suis. L'inaudible dans la peinture, l'invisible musical. Acousmalgie.
Après que tout se transforme, que tout se consume, resteront les échos.
Le corps inanimé du muezzin exhalera toujours un adhan déformé.
En voici un enregistrement.

Golders Green nous vient de Byron Christodoulou, et est à la fois très mélodieux, mais aussi noise et drone au possible. Influencé en grande partie par différents chants religieux (il cite entre autres les liturgies roumaines, les chants byzantins, les gospels afro-américains...), mais aussi selon moi par James Ferraro, l'album s'en trouve comme un manifeste de différentes religions, oublié et naviguant quelque part, cramé par l'eau, le sel et le soleil. Impossible ou presque d’apprécier ce fruit, amer lors des premières écoutes mais de plus en plus attrayant après quelques "efforts".
Sans aucun doute la sortie la plus expérimentale de chez BLWBCK, et l'une des curiosités musicales qui m'aura le plus emballé ces derniers mois.
Amateurs de noise, drone, religions, lo-fi, tape manipulation, ovnis, collages sonores, ambient... jetez-vous dessus.

Sortie à venir (et aussi un stream intégral pour bientôt j'imagine!).
Pour le moment, deux chansons sur le BANDCAMP et un pre-order chez... BLWBCK (ltd.55)

vendredi 13 juillet 2012

† MISERY † - Miséricordes


Tout s'affole, dans le village. Avec une lenteur crispante, comme si tout ce qu'on subissait était inaltérable, mérité. Le Châtiment, on nous a dit.
Le Châtiment...
Je ne sais pas trop ce qui leur est arrivé, mais tous ou presque se sont accrochés comme des guirlandes pendant aux arbres de leurs jardins. Les autres sont couverts de bubons. Les animaux ont fuis, comme s'il y avait un feu. Les enfants ont criés - mais on ne sait jamais trop pourquoi.
Seigneur, pourquoi pas moi ?!
J'ai l'impression que le vert des feuilles, est noir. Que l'ocre de la terre, est noir. Jusqu'au rouge qui s'écoulait dans mes veines, tout est devenu atrocement sombre. Les ronces qui bordent habituellement les chemins se sont ramifiées comme des mains rampantes écorchant le sol. En haillons, durcis par la boue et eux-aussi noircis, mais par le charbon, je m'entaille les pieds sur les pousses de roses. Écloront-elles seulement un jour ?...
Je me mets à courir, les pieds sanguinolents sur les épines, mais qu'importe. Je veux m'éloigner de la peste.

La nuit, pour seul campement, un tronc creux encore debout. On aurait dit certain des corps que j'avais croisé. Évidés. La peau rugueuse, pustuleuse comme de l'écorce. Je m'endors, la tête sur un bourgeon mort, et les yeux vers le ciel. Ou plutôt vers le sommet pourri de la souche.

Les champs étaient devenus des mouroirs, et ça puait à des kilomètres. Dans mon pays, on dit que celui qui aime bien châtie bien. Je crois que celui qui sème ces malheurs sur nous aujourd'hui, nous a toujours maudit.
Mon crâne... oh mon crâne... et voilà un village. Toujours cette sale campagne.
Reprends-moi. Reprends-moi...
Au milieu de la rue, adossé contre un mur décrépit, je m'enfonçais des mottes de terre dans les plaies pour donner à mon corps un relief semblable à ceux des pestiférés. Je me suis dirigé vers l'établi du forgeron, pour me brûler au fer rouge et imiter les mutilations de l'affliction.
Regarde! Je n'ai pas leurs furoncles mais en voici d'autres qui paraissent sur ma chaire ! Reprends-moi... je t'en conjure seigneur...
Et puis ils sont arrivés comme un chœur maudit. Ces grands oiseaux tirant des charrettes pleines de corps. Et ça criait, et ça criait, comme si l'Enfer s'était installé sur nos terres. Les estropiés et leurs voisins aux pustules de la taille d'un oignon, tous avaient le regard perdu dans la ligne bleue des Vosges.
"Prenez-moi, prenez-moi !"
Je n'arrivais plus à aligner deux mots, la faute à la douleur.
L'un d'eux m'a approché, les orbites vides. Il m'a tâté d'un bâton, a fait un signe de tête à ses comparses.
Me voilà dans la charrette, à demi-vivant à demi-mort, mais bien décidé à, moi aussi, perdre mon regard dans la ligne bleue des Vosges.


† MISERY † est un projet Doom Metal étrange et rêveur de Thomas Bel, poète et musicien de Toulouse.
La tape limitée à 44 copies est sortie BLWBCK pour 7€ ! (killer packaging!!!!!!)
Je vous invite aussi à vous rendre sur le blog du projet, aka Fille de Misère !

mardi 8 mai 2012

Saåad / EUS / Postdrome - Sustained Layers

Saåad est un groupe que j'aime tout particulièrement. Pourquoi ?
C'est très simple : il me transporte. Alors que je manque de temps, et parfois de volonté, pour franchir le pas et me confronter à l'absolu, Saåad a la bonté et la grâce de venir me titiller les oreilles et de m'y faire goûter, du bout de la langue.
"S'il y a quelqu'un qui doit tout à Saåad, c'est bien Dieu." (comment ça, je fais de fausses citations en reprenant du Cioran ?)

Postdrome... j'en avais parlé ici aussi, en réalité. A croire que BLWBCK et ses proches forment une véritable petite famille ! Et on ne va pas s'en plaindre.
Postdrome, postdrome... mais si! Souvenez-vous!
Ici encore, c'est un groupe parfait pour se coller à la fenêtre une nuit, tout oublier, s'en griller une et contempler le magnifique tableau dans lequel nous vivons sans même y faire attention...

Et EUS ? Ah! EUS! Je n'ai malheureusement, non par manque d'envie mais plutôt de temps, pu chroniquer le travail de cet artiste... du Costa-Rica. Entre un split étrange avec Mytrip et de l'ambient éthéré aux tons chauds pour Vhino No Desce, autant vous le dire, on se laisse très vite prendre au jeu.
Un point commun entre les trois ? Cette puissance, ce magma élémentaire compacté dans le son le plus dépouillé possible. Un autre point commun ?
Mais c'est cette collaboration entre ces trois artistes, suivez un peu!

J'avoue avoir attendu durant longtemps cette collaboration (merci Romain de m'avoir donné l'eau à la bouche il y a de ça plusieurs mois maintenant !), pour ensuite... douter. Eh oui, comme un film qui aurait trop de bons acteurs en même temps, ces derniers au lieu de collaborer intelligemment s’autodétruisent souvent... on a aussi vu ça avec certains super-groupes...
Alors, Sustained Layers serait-il touché par le syndrome ?

A l'instar de la pochette, lors de l'écoute, on ressent un sentiment étrange. Comme si la mer s'était figée, comme si tout s'était métamorphosé, sans pour autant qu'aucun changement ne soit visible. Et qu'au lieu d'entendre les conversations des gens, on entende les vibrations de leurs corps.
Un sentiment troublant, qu'il soit trois heures du matin ou trois heure de l'après-midi...
On reconnaît la patte de Saåad, au son tout juste saturé, mais aussi Postdrome et sa... bizarrerie. Et pour ma part, je dirais qu'une fois de plus EUS donne un ton chaud au tout.
L'album est très linéaire, et de ce fait les pistes cohérentes entre elles, ce qui rend l'effet de "voyage" extrêmement présent. On part - et on aimerait ne jamais en revenir.

Qu'on se retrouve sur la lettre "A" de l'Océan Atlantique ou encore à se remémorer soudainement l'odeur d'un Eden perdu il y a trop longtemps, ce Sustained Layers vous donnera en tous cas à tous des ailes.
Ces différentes couches (ou layers, justement) se fondent délicatement les unes aux autres, et vous force à stopper votre concentration. Il faut tout écouter en même temps, sans jamais se focaliser.
A partir de ce moment, vous pouvez dire adieu au réel, et bonjour à l'un des splits les plus beaux sur lesquels vous ayez posé l'oreille...
Non, les trois artistes ne se sont définitivement pas détruits, mais au contraire se complètent. Une nouvelle entité à vue le jour, et si vous avez écouté l'un des trois groupes, ou si vous vous êtes déjà penché sur le stuff de chez BLWBCK, alors vous savez que vous aller aimer.
Chaudement recommandé - à tous ceux qui aiment passer de bons moments, simplement. Pas de prise de tête, pas de difficulté d'accès, juste underground comme il faut... et puis c'est beau, et c'est tout ce qui importe. Car la beauté, la vraie, n'est pas subjective.

Ici, ne vous attendez pas à du EUS, ni à du Saåad, ni à du Postdrome. Seulement à une triple-dose de subtilité.
A noter que Metal Alvin, une autre de chez BLWBCK, fait un feat. sur la dernière chanson. Et à noter aussi que c'est magnifique...

Il ne vous reste qu'une chose à faire :
Foncer!
Acheter la tape chez BLWBCK (ltd.66 et ça part très très très vite à chaque fois)
Ou attendre un potentiel stream ici

C'est t'y pas beau ?

Sortie officielle le 28/05/2012