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vendredi 8 février 2013

Arbre - I

Le Black Metal forestier d'Arbre est raw, âpre et laisse une odeur de pluie après lui. Totalement nu, dépouillé, mais tranchant - l'Art Noir envahit les bois et s'infiltre dans les airs comme monte un hymne. À la nature cruelle, glaciale, aux vents froids d'hivers français, secs comme un coup de trique. Lui aussi est mordant, mais il a une âme, un âme damnée errante - tantôt dans des champs desolés, tantôt dans des landes à la bruyère gelée et aux troncs déracinés par les tempêtes. Quelques corbeaux s'envolent, rejoignant leurs tanières de brindilles bleuies par la froidure et la neige qui recommence à tomber.

Comme des aiguilles de pins, les notes sont piquantes, et le schéma musical digne de l'architecture d'un arbre mort. Les feuilles au sol, racornies, attendant d'être mangées par un cerf déjà éventré, les tripes rougeoyantes étalées quelques mètres plus loin sous un petit noisetier tentant misérablement de pousser dans cet environnement hostile. Il faut dire que même si cette feuille n'a maintenant plus rien a attendre que sa décomposition en poussière, les intestins du cerfs forment une auréole rouge qui n'a rien de désagréable dans ce paysage d'hiver.

Me cloîtrer dans ma vieille forteresse de bois en instance de moisissure n'est pas une bonne idée et je réfléchis à fuir avec les chouettes et les hiboux, en oiseau de proie, emprunter les ailes d'un metal noir trop longtemps oublié. Le revoilà de guingois, sortant des terres gelées, brisant la glace qui couvre l'humus et herbe grasse, s'infiltrant dans les racines, les écorces. Cet appel au loin dans le gris que les habitants de la forêt entendent et reconnaissent sans besoin même de tendre l'oreille. Il porte des nouvelles : "Le cerf brame, l'hiver est en neige, l'été s'en est allé. Haut et froid est le vent. Le soleil ? Il est bas et sa course tôt finie. La mer même se soulève, la fougère rougeoie et sa forme s'est cachée. Il devient coutumier, l'appel de la bernache. Le froid s'est saisi des ailes des oiseaux. Saison de glaces : telles sont mes nouvelles."

Arbre est un groupe de Black Metal français, aussi discret que raw, à l'ambiance incroyablement froide et à l'expression hivernale surannée. Le projet semble imprégné des saisons froides et de la fête de Yule, le côté encore sombre de l'année, la grande noirceur, dure et poignante. Tout ceci me rappelle l'immense groupe Paysage d'Hiver, dont le son est ce qui se rapproche le plus d'Arbre : pur et lo-fi.
Le premier album est sorti chez Distant Voices et je ne saurais que trop vous conseiller de l'acheter et de le surveiller car nous avons affaire ici à notre Pd'H français - qui plus est le packaging est magnifique.

mardi 6 mars 2012

HEXVVII - I

Lorsque Déchire-moi et Noeru se mettent en tête de faire de la musique ensemble, forcément, il fallait que ça rende quelque chose de fou et de sombrement dérangé. Et le petit être étrange rampant à grand peine sur ses quatre pattes se nomme HEXVVII.

 

Tout d'abord, deux faces, dix minutes chacune. On se dit que, vu la tête du projet, si la tape ne dure pas vingt minutes, c'est qu'il y a anguille sous roche.

Et effectivement. On navigue dans un dark ambient dépouillé, d'outre-tombe, serpentant parmi le Qliphoth. Mais pas que. Le travail ne s'arrête pas à quelques sons glauques et une voix distordue. On a au contraire affaire à une sacré méthode de composition qui va chercher un peu à droite à gauche, comme celle d'Ultra, par exemple.

Le délire malsain, pratiquement érotique - mais mortel, ne vous y trompez pas - prend son ampleur. Plus le temps avance, plus on se sent emplit des sons, des idées, du venin d'HEXVVII. Un venin qui paralyse, qui anesthésie. Insidieux.

 

Le seul groupe que ce projet me rappelle, c'est The Sodality. Groupe... italien, justement! (comprendront ceux qui le pourront)

C'est profond, très ritualiste. Ritualiste avec la trempe de la scène indus. Mais pas besoin de ramener ça à quelque chose d'autre, l'atmosphère dégagée par cette tape en dit bien assez. Une aura bien noire en émane...

Comme dirait Toxik H. : "Je t'assure que la vase et l'extase ne font qu'un."

 

Autant la première face est angoissante, autant la deuxième déclencherait chez l'auditeur une crise de claustrophobie que je n'en serais pas étonné. Très simple, très linéaire. Un loop en arrière-plan. Du bruit. Un souffle. Le rituel s'accomplit. Et autour se métamorphose le réel. Les murs deviennent cendres. Le ciel s'écroule, s'écrase, dans une lenteur extrême. Tout s'assombrit, une fois de plus. Plus noir que noir. Du silence assourdissant se forme une litanie murmurée. Je ne veux pas savoir ce que c'est. Je ne veux plus. Pas encore. Pas encore!!

Une flamme brûle au plus profond de mon corps. Une flamme noire qui pourtant perce la nuit. L'étoile du Matin se lève. Décharnée. Elle me lacère. Elle enfonce ses griffes brûlantes, et retire ma peau avec un malin plaisir. J'en redemanderais si je pouvais parler, mais déjà, je ne suis plus qu'un souvenir, stocké sur une vieille cassette. Abandonnée. Abîmée. Je ne veux plus. Et j'en veux encore.

 

Suis-je le jouet de ce rituel ?...

 




On achète ici en pré-commande. Attention, ltd. à 25!

Je vous conseille par ailleurs de visiter le magnifique site de Déchire-moi ! Photos dérangées et osées.
Ainsi que d'écouter un peu le projet de Noeru - aka Camisole - ici

lundi 20 février 2012

IXTAR - IXTAR I

Ce machin là, je dois bien avouer qu'il est magique.





















Chez Paradigms, ils appellent ça du "nocturnal jazz". Ce qui me fait instantanément penser à Bohren & der Club of Gore. Qui plus est, sachant que Daniel Vujanic est la force vive du Hölenmusik Ensemble (qu'il me faut chroniquer), j'y allais plutôt confiant.
Well... He bien c'est superbe... Le mélange parfait entre de l'ambient bien athmo' et du jazz bien bien sombre, lui aussi aérien avec ses envolées légères de saxo, et ses petites échappées à la "I talk to the Wind" des maîtres King Crimson. Et le pire c'est que c'est vraiment jazzy ! Des accords du piano jusqu'au style de composition. C'est même free jazz pluvieux comme l'a fait Hammeriver. Et on retrouve la consonance dérangeante apparemment chère à Paradigms : celle qu'avait le tango véneneux des Krügers Medbragte.
En somme c'est vraiment barré, on y trouve de tout - vive le free jazz - mais cette idée d'ajouter de l'electro/ambient par dessus dans le délire Single Unit est vraiment magique...
Même si c'est moche, j'ai été forcé de sortir quelques références pour expliquer cette "chose" magistrale qu'a inventé Ixtar.

Le ressenti, maintenant qu'on a situé le son.
C'est tout d'abord, et comme le suggère très bien la pochette, ésotérique. Daniel nous transporte dans un genre de symbolisme musical ancien - il suffit de voir l'intro d'Amulet - qui met notre esprit et nos oreilles dans un état d'attention tout particulier. Comment ? En superposant une foultitude de sonorités discrètes qu'il nous défie de déceler. Et les oreilles se laissent prendre. A cela s'ajoute donc cette fameuse "tension free jazz". On ne sait jamais ce qui va débarouler sur le tapis. Du saxo ? Des cordes pincées ? Frottées ? Pizzicato ?! Pédale d'effet!
Et ce n'est jamais mal mené, les transitions se font sans qu'on le remarque, et les mélanges d'instruments sont simplement parfaits. Petit point d'orgue, c'est plutôt difficile d'accès pour le profane. Plus que Bohren. Mais on a dépassé le stade de l'étude ou de l’expérimentation, et c'est un vrai travail d'artiste que nous avons entre les mains. D'orfèvre, même.

C'est au final une musique moderne, abstraite et pratiquement concrète qui nous est délivrée dans Ixtar. Perdu dans les limbes d'une douce cacophonie, Vujanic compose une réelle symphonie. Une symphonie inquiétante et volatile. Et une entité à l'avenir radieux.
Maintenant, on attend confirmation de la maestria sur le IXTAR II !

Une chanson audible ici :: album sold out
Paradigms compte sortir les suites, soit deux autres albums ltd.50
Check'em!