dimanche 28 avril 2013

M△S▴C△RA - Black Mass

.PLEASURELAND.

Les infrabasses dans une maison de cire, les poupées figées et les litres de têtes à terre. J'ai planté un genoux en cieux, et pris peur devant la folie stratosphérique de mon quotidien. Je pense à remplacer mon café par de la morphine. Je ne suis pas encore absent mais j'aimerais que l'on me considère ainsi, je n'ai rien choisi, ni d'être ni de ne pas avoir envie d'y être. Je suis la terre, je suis la terre.

La basse qui fait fondre les poupées avant d'exploser comme le colis piégé que je suis : un beau kamikaze. Toutes ces ondes me déforment la vue, les gens se ralentissent et prennent des airs de monstres bons pour le cirque des horreurs. La langue pendue et le regard de-même, j'avance en messie aux devants d'une foule qui ne m'acclame pas, ne me connais pas, se ralentit, se ralentit. Un mauvais film, qui n'est pas un navet puisque c'est ta vie. C'est une parodie. Une VHS de série-B qui aimerait se retrouver dans la section chef-d’œuvre mais qui n'amène que regrets. De l'avoir vu, acheté, consommé, avalé. On en a bu les images sans qu'elle ait la politesse de nous regarder, et ce n'est pas une question de perspective, tout est à chier. Boire sa propre vie est à chier, et quoi que je dise c'est déjà terminé, ma mauvaise foi l'emporte, il n'y a plus rien à sauver. Tout est effrayant, grouille, de ma tête aux petits-déjeuners. Ma solution n'est pas de le prendre avec le sourire. C'est de le prendre tout court. Contre un mur, ou sur la table, sauvage, prendre le temps par derrière.




Je ne joins pas ici une piste de Black Mass, mais bien une sortie sur une petite compilation, tout simplement car elle représente mieux l'univers du groupe. Et que c'est à mon goût la meilleure. Pour ce qui est de M S C RA, le projet en lui-même lorgne vers la witch house et le dark ambient. Rythmiques posées et entrainantes sur fond de chants et samples possédés, profondément tristes. Un excellent projet de ce genre souvent poubelle - qui me fait en un certain point penser à ∆aimon.
Voici le bandcamp pour Black Mass ainsi qu'un clip de la chanson B()nes.
You can't bite your own teeth.

samedi 27 avril 2013

La Caveau de l'Empereur IX

Worship the Black Arts.

lundi 22 avril 2013

Unesco Collection - Aka Pygmy Music

Sur Abet Cuces tout se fait sans ménagement, mais non sans raisons. Discrets auditeurs de musique rituelle reconstituée, grands amateurs d'ambient dépouillé et amants du black metal des tréfonds de la terre, une chose est récurrente : la recherche de cette honnêteté, de ce sentiment grisant du contact des forces ancestrales, bien plus grandes que le mince homme. Cette émotion que Robert Plutchik décrit comme un émerveillement effrayant : the awe.

La musique africaine a trop tendance à être assimilée aux percussions, au rythme tribal, certes très important mais bien trop réducteur.
La musique pygmée, et plus spécialement celle de la tribue Aka, est une musique très complexe, par son rythme, son harmonie et son sens spirituel.
Ce peuple nomade d'Afrique Centrale possède l'une des musiques les plus impressionnantes au monde. Tout d'abord car elle ressort d'une tradition orale, basée sur la polyphonie et la polyrythmie. L'ethnologue Simha Arom établira que leur niveau de complexité musicale fût atteint par l'Europe uniquement au XIVe siècle. Ensuite car elle est simplement envoûtante.

L'un des grands point de la musique Aka est le contrepoint. Extrêmement élaboré (à un point proche de Bach, sans ethnocentrisme aucun). L'enchevêtrement des voix et le jeu des timbres forment une musique liée, tissée et de ce fait très agréable car coulant toujours de source - bien qu'elle soit merveilleusement complexe. Qui plus est tout est improvisé, s'axant sur des grilles de séquences mélodico-rythmiques répétées, variées, toutes liées à différentes activités pratiquées mais aussi à la langue [voici un diagramme du monde musical des Aka // une partition transposée en clé de Sol]. En effet, la langue Aka est une langue à tons (fondée sur la pertinence lexicale / grammaticale des niveaux tonaux), ainsi seul une personne prononce les paroles, tandis que les autres accompagnent de syllabes afin que le chant ait une signification intelligible. Mais parfois, tous prononcent des paroles, engendrant alors chants en mouvement parallèle ou déclamation rythmique des paroles. On y entend aussi bien les femmes et les hommes que les enfants, en chœur, le tout alternant entre voix de tête et voix de poitrine.

Inconsciemment, leur musique est régie par un système de ratio (2:3), avec une métrique précise qui fait passer la majorité de la musique d'aujourd'hui pour un amas musical informe et sans rythme. Les bases que Bach a posé dans la musique, les pygmés Aka l'avaient "théorisé" à leur manière depuis des siècles. Le contrepoint chez les Aka, est le départ de la musique.



Les quatre voix d'une polyphonie Pygmée :
- Mo tangole « celui qui compte » : voix qui introduit la structure polyphonique et qui énonce les paroles du chant.
- Ngue wa lembo « la mère du chant » : ligne mélodique simple chantée par les hommes sous forme d’ostinato et partie basse du chant.
- O sese « en dessous » : chant réservée aux femmes, en mouvement contraire à la voix du mo-tangole.
- Di yei « ce qui est en haut » : alternance voix de poitrine, voix de tête à l’aide de syllabes (yodle).

Ce testament audio rend accessibles les chants d'un devin-guérisseur, ceux des rituels de la chasse, ou simplement ceux des jeux d'enfants. Le merveilleux est là, à portée de tympans.

Keep the secret safe and get it here.

samedi 20 avril 2013

Mixtape VI : La France aux Putains


clic on the pic to download

L'horreur est en marche, avec cette compile du mois - déconseillée aux moins de 18 ans. Parsemée de tous types de paraphilies, de déviations morales, de phrases choc sur la condition humaine, de maladies et de psychoses, Hitchcock x Gaspar Noé.

L'idée est venue en écoutant une fois de plus l'Ordure à l'Etat Pur de Peste Noire. Je me suis rappelé de tous ces groupes qui depuis des années maintenant, irréductibles, continuent à chanter dans leur langue. Est-il nécessaire de rappeler que dans notre Royaume de France bien aimé, nombreux sont les projets qui sortent des sentiers battus ? Les plus troublants sont ici, et marchent avec vous. A crier en français, envers et contre tous, à vomir une langue poétique qu'ils s'amusent à torturer comme de sadiques inquisiteurs. Et la langue finit par parler d'elle-même, sortir immondices, fiel et miel.

Les pistes sont indépendantes, mais l'ordre savamment choisi, ainsi même s'il est possible de sauter une chanson, pour un effet maximum il n'est pas recommandé de le faire. Préparez-vous à faire jaillir votre haine, à rester bouche bée devant ces groupes qui, dans votre langue, ne prennent pas de pincettes.

"On t'a grillé tu sais... C'est pour ça que tu ne fais que m'éviter!" (Diapsiquir)

Voici la compilation la plus sale de France.

mercredi 17 avril 2013

Gas of Latvia - Tumšupe

Les turbulences d'un autre siècle ravivées à la mémoire. Une dernière plongée dans les forêts et leur odeur de calcin, ravagées par la brume et le soleil. Une grande bouffée de letton et la mise à sac de la garde blanche, un départ de soldat sur les routes de nuit, j'oublie, mes connaissances, ma famille, j'abandonne tout ça au lointain en regardant les voitures défiler en sens inverse. Où que je sois je m'enfermerai dans ma tête, dans les murs d'une prison, fusillé contre un mur ou dans les bras de ma promise qui ne m'attendra sûrement pas. Les étoiles ont envahies ma boîte crânienne qui risque de se vider d'une balle entre les yeux sous peu. Les entrepôts abandonnés défilent, reculent, à peine éclairés par les phares du camion bâché qui nous transporte. Les lumières se perdent dans les grillages et les barbelés, les ravages au loin, des becs et des fusils qui claquent par dessus le cahot ambiant de la carlingue. J'admire avec inquiétude mon visage creusé dans le miroir de poche que j'ai gardé sur moi. En fait, je n'y vois que des rides où pourrait couler le pétrole, des yeux d'abandonné, les mêmes que mes camarades, prêts à détruire des planètes entières à la gloire du cœur.
Tous ces enfants que je n'ai pas eu et ces femmes que je n'ai jamais su aimer. Ces lacs noirs qui m'entourent, cette nuit de plomb comme un mur. Un sans-retour, un gueux, une idée, un petit murmure dans la nuit.

Que suis-je sur cette terre ? Un homme prêt à mourir. Un homme qu'on nomme volontaire. Qui sait servir et sait mourir.





Gas of Latvia, projet ambient d'Andris Indāns en Lettonie, arrive sans être martial à procurer cette sensation de départ. Un train vers le front, une dernière vision des forêts profondes, de loin, de nuit, avant l'horreur. Un immense calme, quelques bruits et la délicatesse pre-mortem. A la manière de Les Joyaux de la Princesse ou Oda Relicta, en moins martial, moins fier de la Mère Patrie, seulement portant sur la perte de tout repères et de toutes terres. Reposant, paisible et en même temps déjà enfoncé si loin dans l'infernal.

Commandez votre copie de la tape (ltd.50 avec grand artwork) sur le facebook de LoopeyTunes
Ou en leur écrivant sur leur mail
Et voici le clip de la dernière chanson de l'album.

mardi 16 avril 2013

Agdistis - In A Cold Fog Hung From A Yew Tree

Méphistophélès l'emporte au réel, Icare s’éteint par la noyade dans le sein d'Égée, immolation par les ailes. Les pièces de la maison deviennent des grottes à force de pourrir, un trou dans le mur est apparu, au dessus de l'évier. D'autres se sont bouchés d'eux-même, et les cris à l'intérieur ont disparus. Les lierres et les mousses qui pénètrent chaque centimètre me font me sentir étranger dans ma propre demeure. Je rallie souvenirs de quiétude et haine viscérale. Cette image de bouche difforme aux crocs cosmiques me hante, et je le sais, elle vous happera tous avant d'enlever son voile de galaxies. A chaque entaille que je me fais dans la paume, je défaille quelques secondes et la vois. Proche, aliénante, transportant sur ses gencives pestes et choléras de quelque monde étrange.

Tout s'est illuminé, l'appartement baignait dans la mousse, arrachée, les mottes de terres et le sang. Les néons à puissance maximum, tout brûlait lentement à commencer par la bouteille d'absinthe que j'eus dû renverser après en avoir vidé presque l'intégralité. Une petite flaque verte, une petite fée, et une statue de bois d'if sur le front de laquelle trônait fièrement le sceau de l'Adversaire. Ma figure de proue au porteur de lumière. Le sang coagule dans ma bouche, et mes yeux noircis, veines saillantes, ne répondent plus à mes demandes. Un battement de paupières plus tard les bras décharnés s'étaient remis à sortir des murs et du sol, formant en m’enlaçant un odieusement confortable cercueil. Je me retrousse, car déjà voilà le Kalki.




Agdistis est difficilement gérable. Les vingt premières minutes d'In A Cold Fog... se résument en un excellent raw black metal atmosphérique, sale et un tantinet dissonant. Puis arrive la bordélique et très noise-punk chanson Hermetic Death, le coup de latte avant de passer à la deuxième partie de cet opus diaboli. La chanson suivante, The Yew Tree, est totalement hypnotique, proche d'Urfaust à son plus sale. L'horreur est annoncée, toute la suite de la tape est démente au sens premier du terme, possédée et clochardisée au possible. Pour ce côté absolument maladif fricotant avec la fièvre jaune, le style pourrait être comparé à du Vesicus, bien que moins mid-tempo et avec plus de passages dark ambient.

"Et comme les braves femmes qui, dans les églises en ce moment, ayant appris que les bubons qui se formaient étaient la voie naturelle par où le corps rejetait son infection, disaient : « Mon Dieu, donnez-lui des bubons » [...]" (Camus, La Peste)

Tape sortie chez City of Dirt - et sold-out.
Le groupe a mis son album disponible en téléchargement ici

dimanche 14 avril 2013

Dolores - Mt. Loreto

La Nature se grave sur vinyle. Un langage, qui s'est mis à se rayer, cycliquement, en cercles concentriques, répéter les mêmes choses. Je survole les phases de l'abandon comme un loop la première neige avant d'aller se réfugier dans un tronc plein d'herbes et de branches, au chaud à l'abri des intempéries détraquées du Dehors. Les cendres du jardin d'Eden tombent, chaque hiver. Et les flocons tombent toujours sur ce visage, à ce moment entre la vie et la mort, dans une connaissance de cause troublante. L'univers s'invoque dans un mantra terrifiant, alors que l'homme renverse l'or au sol, c'est la naissance de l'automne. La terre devient dorure, la lumière drone et les balbutiements des enfants retentissent à tous les Âges.
L'innocence recommence à goutter. Rouge.

Il est le dernier à parler, car tout s'envole lentement, chacun est bouche bée si bien que l'on pourrait voir leurs œsophages. Il est le dernier, la voix pleine de reverb, à déclamer des suites de mots alors que la gravité a foutu le camp. Les icebergs montent au ciel et l'océan semble bouillonner. La poudreuse vient grossir les nuages placides et accélérés. Ma combinaison chauffe, le plastique me fond sur la peau, qu'ont-ils fait, qu'rrrrrrrrr... Les dernières visions et le vide enregistrés sur une platine vinyle portable, à destination des premières vies, un message comme un autre aux tardigrades, une bouteille au cosmique, tant que ce n'est pas un pavé dans la mare...

Remember that you have only one soul; that you have only one death to die; that you have only one life, which is short and has to be lived by you alone; and there is only one Glory, which is eternal. If you do this, there will be many things about which you care nothing.
 (St. Theresa of Avila)


Dolores, après un To Die No More qui était le meilleur album de 2011, sort ce Mt. Loreto qui est d'ores et déjà le meilleur disque drone de cette année MMXIII. Toujours aussi cotonneux, mais aussi plus doom par moments, on reconnait la sonorité absolument pure du projet - une véritable identité sonore se fait sentir, jusqu'au traitement du son de la batterie. Un contact direct avec l'univers entier, la transcendance, la connaissance dans la recherche. Pour l'avoir écouté toute une nuit sans discontinuer, avec l'album précédent, je peux témoigner du fait que la lenteur globale de cet album doit être prise comme un rituel, une prise de risque - l'expérience d'un état de conscience altéré, une rencontre divine. Une nature, une spiritualité, mise en musique comme on le voit extrêmement rarement. Comme le dit lui-même l'artiste, c'est un moment parfaitement balancé entre la vie et la mort, une connexion à la perte. Mt. Loreto est une contemplation, un yantra.

Sortie prévue en tape chez Fern and Moss.
Album dédié à L.H. Smith.
Article dédié à R. de la Rosa.