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dimanche 14 avril 2013

Dolores - Mt. Loreto

La Nature se grave sur vinyle. Un langage, qui s'est mis à se rayer, cycliquement, en cercles concentriques, répéter les mêmes choses. Je survole les phases de l'abandon comme un loop la première neige avant d'aller se réfugier dans un tronc plein d'herbes et de branches, au chaud à l'abri des intempéries détraquées du Dehors. Les cendres du jardin d'Eden tombent, chaque hiver. Et les flocons tombent toujours sur ce visage, à ce moment entre la vie et la mort, dans une connaissance de cause troublante. L'univers s'invoque dans un mantra terrifiant, alors que l'homme renverse l'or au sol, c'est la naissance de l'automne. La terre devient dorure, la lumière drone et les balbutiements des enfants retentissent à tous les Âges.
L'innocence recommence à goutter. Rouge.

Il est le dernier à parler, car tout s'envole lentement, chacun est bouche bée si bien que l'on pourrait voir leurs œsophages. Il est le dernier, la voix pleine de reverb, à déclamer des suites de mots alors que la gravité a foutu le camp. Les icebergs montent au ciel et l'océan semble bouillonner. La poudreuse vient grossir les nuages placides et accélérés. Ma combinaison chauffe, le plastique me fond sur la peau, qu'ont-ils fait, qu'rrrrrrrrr... Les dernières visions et le vide enregistrés sur une platine vinyle portable, à destination des premières vies, un message comme un autre aux tardigrades, une bouteille au cosmique, tant que ce n'est pas un pavé dans la mare...

Remember that you have only one soul; that you have only one death to die; that you have only one life, which is short and has to be lived by you alone; and there is only one Glory, which is eternal. If you do this, there will be many things about which you care nothing.
 (St. Theresa of Avila)


Dolores, après un To Die No More qui était le meilleur album de 2011, sort ce Mt. Loreto qui est d'ores et déjà le meilleur disque drone de cette année MMXIII. Toujours aussi cotonneux, mais aussi plus doom par moments, on reconnait la sonorité absolument pure du projet - une véritable identité sonore se fait sentir, jusqu'au traitement du son de la batterie. Un contact direct avec l'univers entier, la transcendance, la connaissance dans la recherche. Pour l'avoir écouté toute une nuit sans discontinuer, avec l'album précédent, je peux témoigner du fait que la lenteur globale de cet album doit être prise comme un rituel, une prise de risque - l'expérience d'un état de conscience altéré, une rencontre divine. Une nature, une spiritualité, mise en musique comme on le voit extrêmement rarement. Comme le dit lui-même l'artiste, c'est un moment parfaitement balancé entre la vie et la mort, une connexion à la perte. Mt. Loreto est une contemplation, un yantra.

Sortie prévue en tape chez Fern and Moss.
Album dédié à L.H. Smith.
Article dédié à R. de la Rosa.

vendredi 12 avril 2013

Rhinocervs - RH-15

Lentement, lentement.
Rampe, les doigts en prière, sans jamais lever les paupières aux cieux. Coule, sans discontinuer, à régner sur les royaume du dessous, et ressurgir par surprise pour pêcher les étoiles. Dévore, sans prendre le temps de faire attention. Lentement, ouvre les crocs avec le scintillement du diamant, et dévore, avale la création sans regrets. Enfin extirper le rugissement du lion !
Ceux qui me renient m'ouvrent leurs chaires, et oublient sous mon aile néfaste leurs psaumes. Ils n'incantent plus mais décantent dans l'absolu et le pourrissement de leur ego. Esclavagistes du cosmos, perdus à flotter dans la matière noire, patiemment. Son Règne remontera, projeté d'un volcan, pour ligoter le soleil et menotter l'infidèle, tromper ceux qui avalent leurs propres mensonges. A la saillie des serpents dans les profondeurs, aux râles d'Amour salissants l'Eden, une arrivée étrange - les pluies de pommes et le verbe de Caïn !

Les Choses Vivantes, ah, seront dévorées par planètes. Les bouches de l'Enfer d'un coup de contrées inexplorées sortant, rouges, dégoulinantes de chaires semblables à d'immenses intestins. Ils courent ils crient, les éclats de verre dans les yeux ! Jouissances inouïes, alors que j'appose ma main à la marque sanglante sur les tripes de la terre.
This blackened fire was hidden from all who were blind of the mind - Yet could be clearly seen by those accustomed to seeing in darkness - Just as my names are many, so are my forms and faces.



Rhinocervs est un label de Los Angeles, connu pour ses sorties sans titres. Groupes et chansons ne sont que rarement nommés (sauf pour Odz Manouk par exemple), nous donnant ainsi des entités occultes encore plus intéressantes. L'anonymat total est aussi une forme de dévotion à la musique. De la musique, uniquement, le reste est sans importance. Rhinocervs, si vous y êtes habitués, sort souvent d'intéressants travaux, particulièrement Black Metal (l'excellence même depuis RH-11) et toujours très originaux. Il y a toujours une recherche, que ce soit dans le son, le riffing, qui fait de ce label l'un des majeurs de la scène US.

RH-15 n'a strictement rien à voir avec tout ça. La majorité de l'album renvoie à des sonorités proches de Böhren & Der Club of Gore, dark ambient presque jazzy et rampant. Pas mal de pistes au synthé aussi, cette fois invoquant plutôt un Lucio Fulci des grandes heures ou même un glaçant Hermann Kopp. Cette tape emprunte en fait beaucoup au style BO années '80, si cher à nos yeux. Une seule piste est réellement black metal, la VII - atmosphérique comme à leurs grandes heures. La dernière plage quant à elle est sûrement l'une des meilleures, hystérique, funéraire et avec un son vraiment très très spécial.
Il ressort une atmosphère totalement incroyable de cette cassette, souterraine et stellaire à la fois, entre série B et chef d’œuvre chiadé. La procession arrive, enchaînée. Lentement. Tout est scellé.

Le site de Rhinocervs pour vous procurer cette merveille et toutes les autres.

samedi 30 mars 2013

Terra Tenebrosa - The Purging

Qu'écrire sur Terra Tenebrosa si ce n'est un film, un Kubrick fantôme ?

Un rien dans le crâne, dans le blanc des yeux, pour faire disparaître sans sommation l'existence. Le regard dans le vide ; et tout cesse. Les grands blocs de béton sur l'herbe fraiche, coulé à même les graines, le vent, que l'on fait crier dans les allées de nos villes. Les nuages, bloqués sur les hauteurs, qui descendent sur nous en pleurant alors que cachés nous dansons dans de luxuriantes chambres. L'urbain insupportable et rassurant, il y fait bon déprimer et se donner à la bassesse, à l'abri de la toxine des plantes. Les gens choisissent à la place des gens, les gens font des choses, parce que les gens font des choses. La Nature branchée, on s'est éteint, cruellement solidaires, dégénérés, à recréer des grottes aux fourberies plus dangereuses que celles de l'extérieure et ses dangers divins. Dieu sous cloche, avec le fromage et la musette, la baguette à l'industrie. Les femmes suffragettes, le Roi est mort, le Tiers-etat non, mais le Tiers-monde presque, la vie, improbable, rend tout invivable - sauf dans le béton de nos rues, où l'on fait siffler le vent. Le ciel est mort, pas de surprise, pas de rires, l'air a la fraîcheur d'une chape de plomb, tout le monde est cadré, entouré, trois petits tours et puis s'en vont. Rire pose trop de questions. Vivre hors du béton, présente trop de risques, pour le singe à poil humain.
Trois petits tours et puis s'en vont.




Terra Tenebrosa est très certainement l'un des projets les plus intéressants de ces dernières années. Gueulantes incroyablement haineuses, comme celles d'un grind qui aurait de la finesse, guitares torturées et labyrinthiques parfois proche du maître Blut Aus Nord, mais aussi une audace assez peu commune. Tout en restant très metallique, The Purging a une aura alien, une folie destructrice impossible à calmer (Celeste). Anxieux chroniques, cette pièce vous fera perdre tout espoir de confiance, manifestant un réel côté inhumain si plaisant, qui serpente dans l'ouïe. Structurellement parlant, c'est le dédale, la déambulation incertaine et à risque dans les architectures changeantes et les sonorités démoniaques. Certains passages sont presque à me faire penser au travail de Jocelyn Pook, notamment avec le Masked Ball, atmosphère proche de celle usée sur toute la longueur de l'album. Aliénant, enragé, The Purging est un dangereux et un génial testament de la sale folie. De la pute camaraderie, et de la petite sobriété. Celle qui t'as tué.

Dispo en CD et Double-LP chez Trust No One.

vendredi 29 mars 2013

ALL BLX - Acme

Revenons aux vraies valeurs. Au son que j'attribue inconsciemment à Abet Cuces : l'ambient.

Des tressaillements doux, des ondes solaires ralenties et grossies jusqu'à ce qu'on puisse les voir, les toucher. Arrêtées, jusqu'à ce que les enfants jouent dessus, toboggan doré translucide. Les rires lointains se noient sur le chemin de l'école, en août. Les mois et l'espace n'ont plus aucun sens, l'infusion d'oiseaux dans la tasse, sous le saule pleureur, midi et minuit, tout s'enchevêtre de Notre-Dame aux feuillages d'absinthe. Les rebondissements venteux ah! Le temps détruit tout, même le temps, piégé dans le froid. Quelques crissements de pas encore dans l'oreille après les jours de marche qui n'en finissent pas. Pour partir à la bordure du monde, et voir le soleil lui tourner autour. Je ne crois pas en la Lune, je crois que c'est l'envers du soleil.

Les montagnes de siècles en siècles grandissent, dans le but monomaniaque de percer le ciel. Oh nous les avons copiés, buildings et tours, à dégainer nos ondes radio vers Saturne, pour nous brûler synapses et antennes. Heureusement les enfants et les oiseaux chantent encore, dans des langages inconnus que les ornithologues, je l'espère, ne déchiffreront jamais. Tout meurt avec le rationnel. A chaque réalité le rêve décède. Ah. Les mésanges, encore à des années de la science. Plus loin encore d'elle que les planètes voisines. Arrêtez tout, c'est l'heure du goûter. Arrêtez les rayons. Slow down.



All Blacks (ALL BLX) vient de Russie, d'où il nous ramène une part d'été St-Petersbourgeois, de chaleur torride et fondante montagneux, extrêmement agréable. Je me rappelle Witxes en écoutant ce disque, mais aussi que l'ambient est décidément un genre typique du "vivons heureux vivons cachés". Acme semble être l'enregistrement des fluides passant dans un corps, mélangé à une ambiance extérieure bouchée, agrémentée d'oiseaux et d'une touche cosmique presque krautrock (ralenti). Quoi qu'il en soit, l'ambient profond connait ici quelques attaques de guitares volantes, aux riffing très shoegaze, toujours d'un calme plus apaisant que la camomille un jour de mai.

Sortie en avril, pas encore de version physique mais surveillez Jozik Records, probablement le label de la situation. Des packagings absolument adorables, avec quelques perles comme Kösmonaut, sûrement bientôt ici-bas.