dimanche 10 février 2013

A Story of Rats - Vastness & the Inverse

Il est une chose de certaine : un roi-de-rats est impossible à décortiquer. C'est une histoire de totalité. Une dernière œuvre d'art avant de collectivement mourir. Un ultime phénomène, qui ne signifie rien par rapport à l'univers , mais brutalement à son encontre. Un collage anti-cosmique.

Qu'est-ce que l'immensité sinon un amas de particules vibrantes - un immense amoncellement de vide ? Rien, absolument rien. Une galaxie de buée qui se glace et un infini condamné. Au-delà du langage, ce sont les lignes, les vagues solaires, les quasars analogiques qui agissent sur nos pensées. Des géométries que nous occultons, des réflexions que nous n'osons affronter. Insignifiants que nous sommes devenus! Que la nature reprenne ses droits par la voie des rats et de la peste! Pour peu qu'un nouveau flûtiste apparaisse, ces rats nous les mènerons aussi hors de nos villes, en direction du ciel pour qu'ils en grignotent chaque coin et qu'ils volent toutes les étoiles. Par les rats, l'obscurité. La flamme noire brûlera au-dessus de chaque tête. Immortels, ad vitam.

Les créatures de la forêt, comme une meute, d'un seul homme se lèvent et entament leur marche funéraire. Elles viennent tromper l'humain, guérir ses bubons pour lui garantir une éternité damnée dans l'outre-monde. Nous avons trahi les Huldra, et leur peuple en quiétude se dresse et s'accoutre d'ombre - de discrétion. Leurs yeux emplis de gentillesse annoncent la fin de notre monde, et au fur et à mesure que je me sens me dissoudre en fixant cet être à la paix fascinante, le monde entier s'écroule, l'univers se fige et s'annule. La respiration s'arrête, le cosmos n'a pas saigné mais il ne bats plus - et soudain je suis bloqué quelque part dans les courants du temps. Il se présente comme deux longs filets blancs, courant dans deux sens ; de l'énergie pure se consumant dans le néant. Les formes les plus hautes de conscience me côtoient, mais je ne suis à ma place. Je n'arrête pas de me décomposer, avant d’atterrir encore à un autre endroit. Toujours dans le même filet, un peu plus 'loin' seulement. Quelques secondes de révélation avant de me décomposer encore, et reparaître, comme un cycle infini, un oublié de la création. Un damné de l'Immense, un condamné du Minuscule. Je ne puis sortir de cette boucle d'infernale pureté.


ASOR est une hiérophanie. Le travail de Garek J. Drus (Dull Knife), mélangeant orgues lointains, drone, doom/black et vocaux désespérés consiste en deux pièces labyrinthiques et funéraires. Pourtant minimaliste (synthé / batterie / voix), la mixture est emplie d'un caractère auguste, emprunte de magie et de mythologie. Les deux parties sont simplement au-delà des mots. Poussiéreuses, sombres et radieuses, mais par dessus tout : touchantes. Vastness & the Inverse est l'exemple parfait de ce genre d'albums qui ne finissent jamais, mais qui s'éteignent, petit-à-petit, sur le temps d'une vie.
Garek n'est pas ici seul, il faut aussi féliciter Andrew Crawshaw pour son travail sur les rythmiques. Lentes et monotones mais si chargées en sincérité qu'il en est difficile de ne pas hocher la tête à chaque coup de grosse caisse. ASOR pourrait se rapprocher du groupe Alpha Drone - si tant est que ce dernier ait été élevé à l'orgue et avec un meilleur son !
Un sacré voyage plein de méandres étranges qui nécessitent plusieurs écoutes pour y entrer et n'en jamais ressortir.

Je vous invite à passer voir le tumblr de l'artiste qui comporte quelques images intéressantes, ainsi qu'à vous procurer le LP chez Translinguistic Other - mastering par James Plotkin! ltd.300

samedi 9 février 2013

Jachna/Buhl - Tapes

Wojtek Jachna et Jacek Buhl dans un film de Walt Disney ? Certes non, mais dans une souffrance jazz contemporaine.

Bienvenue dans un monde où entre le tonnerre et Buster, je préfère que ce soit Buster qui tonne. Agression de cymbales et crash par baguettes sans levain. Le free s'impose, illogique mais cohérent, prenant et capturant une trompette à en faire pâlir l'instru du Livre de la Jungle - la New Orleans c'est dépassé et les repreneurs viennent de Pologne. Le 'Klub łańcuszka na talerzu' respire de lui-même, en continu noisy. Hyper dépouillé et sans entraves, il repend un souffle tiède. Si bien que le garage prend feu, s'étouffe et les riffs s'échappent dans une impro en non-stop des plus troublantes. Des loops et des paroles échangées avant de s'en reprendre un coup dans les lampions - qui d'ailleurs ont eu aussi cramés.

Un terrain, un champ, dans un garage d'expérimentations lo-fi qui au lieu de se perdre dans le temps viennent se nicher dans vos oreilles cotonneuses. Le duo étrangement instable fait se rencontrer musique des années 1920 avec les folies contemporaines de l'innovation. Un jazz en changement constant, tellement imprévisible qu'on est toujours à courir derrière les notes pour les savourer un peu plus avant qu'elles ne s'évaporent dans la fumée d'un ampli à lampes qui trainait dans le coin. Avec une amorce pratiquement rituelle sur Czarny koń Bruce c'est une Pologne chaude et nocturne que l'on trouve au long de cet amoncellement de vieux (deux ou trois ans seulement...) enregistrements. Toujours à la frontière de la violence et du grand calme, de l'arythmie battante et de la tachycardie symphonique, Tapes est un être volatile qui s'inspire, se boit et jamais ne ressort de votre corps secoué de spasmes dignes d'une transe indigène.
Qu'elle se passe dans une jungle ou un bar, l'histoire sans mots contée par les deux compères sent les vapeurs d'alcool et la contrebassine. L'entrée dans leur monde cuivré se fait sans malaise - c'est une téléportation. Chaleureux sans omettre la puissance émotive du Jazz des origines, l'enregistrement ressorti au grand jour par Marcin Dymiter jouit à mon goût d'un son si magnétique qu'il ferait presque penser à du James Ferraro. Ces gens-là jouent un jeu qui fait parler les instruments, quelque soit leur état.
Encore une fois une offrande de la part de Milieu L'Acéphale (reportez-vous ici et ) qui nous jette un miel free jazz improbable, séduisant comme une belle-de-nuit, et brouillé, délicieusement brouillé. Si vous ne connaissez pas les deux lascars, ils font parti du Contemporary Noise Sextet. L'album est en téléchargement gratuit sur le bandcamp - et je vous conseille en passant les autres disque du duo, qui ont le potentiel de racolage qu'il faudra pour attirer vos vieux os mélomanes !

Le Caveau de l'Empereur II

Seconde édition du Caveau de l'Empereur, qui désormais vous ouvre ses portes chaque semaine pour du viol de tympans, du décapage de neurones, et bien d'autres joyeusetés.
Bref : chaque samedi, la garantie d'une lobotomie gratos.

Oserez-vous cliquer ?

vendredi 8 février 2013

Arbre - I

Le Black Metal forestier d'Arbre est raw, âpre et laisse une odeur de pluie après lui. Totalement nu, dépouillé, mais tranchant - l'Art Noir envahit les bois et s'infiltre dans les airs comme monte un hymne. À la nature cruelle, glaciale, aux vents froids d'hivers français, secs comme un coup de trique. Lui aussi est mordant, mais il a une âme, un âme damnée errante - tantôt dans des champs desolés, tantôt dans des landes à la bruyère gelée et aux troncs déracinés par les tempêtes. Quelques corbeaux s'envolent, rejoignant leurs tanières de brindilles bleuies par la froidure et la neige qui recommence à tomber.

Comme des aiguilles de pins, les notes sont piquantes, et le schéma musical digne de l'architecture d'un arbre mort. Les feuilles au sol, racornies, attendant d'être mangées par un cerf déjà éventré, les tripes rougeoyantes étalées quelques mètres plus loin sous un petit noisetier tentant misérablement de pousser dans cet environnement hostile. Il faut dire que même si cette feuille n'a maintenant plus rien a attendre que sa décomposition en poussière, les intestins du cerfs forment une auréole rouge qui n'a rien de désagréable dans ce paysage d'hiver.

Me cloîtrer dans ma vieille forteresse de bois en instance de moisissure n'est pas une bonne idée et je réfléchis à fuir avec les chouettes et les hiboux, en oiseau de proie, emprunter les ailes d'un metal noir trop longtemps oublié. Le revoilà de guingois, sortant des terres gelées, brisant la glace qui couvre l'humus et herbe grasse, s'infiltrant dans les racines, les écorces. Cet appel au loin dans le gris que les habitants de la forêt entendent et reconnaissent sans besoin même de tendre l'oreille. Il porte des nouvelles : "Le cerf brame, l'hiver est en neige, l'été s'en est allé. Haut et froid est le vent. Le soleil ? Il est bas et sa course tôt finie. La mer même se soulève, la fougère rougeoie et sa forme s'est cachée. Il devient coutumier, l'appel de la bernache. Le froid s'est saisi des ailes des oiseaux. Saison de glaces : telles sont mes nouvelles."

Arbre est un groupe de Black Metal français, aussi discret que raw, à l'ambiance incroyablement froide et à l'expression hivernale surannée. Le projet semble imprégné des saisons froides et de la fête de Yule, le côté encore sombre de l'année, la grande noirceur, dure et poignante. Tout ceci me rappelle l'immense groupe Paysage d'Hiver, dont le son est ce qui se rapproche le plus d'Arbre : pur et lo-fi.
Le premier album est sorti chez Distant Voices et je ne saurais que trop vous conseiller de l'acheter et de le surveiller car nous avons affaire ici à notre Pd'H français - qui plus est le packaging est magnifique.

jeudi 7 février 2013

Fungi from Yuggoth - s/t

Sur des airs enchantés de la Golden Dawn et d'un bon vieil Aleister Crowley débute une folie extra-terrestre, mystérieuse, attrayante, dangereuse. Comme si des tentacules se déployaient, un matin de printemps où quelques oiseaux électroniques chantent dans un jardin aux couleurs acides. Des tentacules parées à vous pénétrer l'esprit, le détruire, et lui injecter quelques occultes et toxiques substances dont je ne voudrais connaître ne serait-ce que la consistance.
L'angoisse se fait sentir, tout comme le froid sec et mordant, paralysant définitivement tous mes membres. Cette chose se trouve devant moi, et je ne peux pourtant poser de mots sur cette dernière tant c'est la concrétisation des peurs humaines ancestrales. Ou plutôt je pourrais y poser des mots, en combattant avec vaillance la neurotoxine qui m'envahit, mais ceci serait vaine action. Le fait est par ailleurs que je ne puis détourner le regard de cette désolation de chaire gesticulante.

Les oiseaux eux-même commencèrent à déglutir, alors que tout se déformait lentement et que les forêts et l'océan semblaient s'animer de manière organique, immonde et spasmodique. Les spores de ces étranges fleures couleur glauque se collaient à moi et entravaient jusqu'au plus petit de mes mouvements. Frétillants et suppurants, les minuscules bestioles végétales recouvrirent mon corps entier à présent nu et visqueux. Seuls mes yeux étaient épargnés de leur bave acide et bleuâtre, à mon plus grand désespoir car je réalisais que Yuggoth n'était pas qu'une simple légende, pas qu'une simple histoire. Quelques réminiscences des sons dont mes oreilles avaient l'habitude se mêlaient à la cacophonie rampante de la planète à la consistance cinema bis.
De ces champignons infernaux qui jonchaient le sol exhalait une musique noise, impossible, extra-terrestre dont la cryptozoologie se réjouirait. Charnelle et cosmique, kraut jusqu'au cœur, grésillante, agréable comme le miel de fleurs empoisonnées. Yuggoth toute entière m'avala alors. J'eus la sensation de vomir mon corps par la tête, avant de rejoindre la flore hallucinée et d'en devenir moi-même une partie.



Fungi From Yuggoth (qui furent au départ des sonnets de H.P. Lovecraft) est un projet de noise, cosmique et acide, aux quintes "black metal" - du moins dans l'esprit. Le rendu est entrainant, très psychédélique et ambient, fantastique voir même Dada.
"Dada reste dans le cadre européen des faiblesses, c'est tout de même de la merde, mais nous voulons dorénavant chier en couleurs diverses, pour orner le jardin zoologique de l'art de tous les drapeaux des consulats do do bong hiho aho hiho aho."

En téléchargement gratuit et légal ici
Co-produit par Diazepam et Lightbulb

samedi 2 février 2013

Le Caveau de l'Empereur I

Bienvenue dans le Caveau de l'Empereur.
Cette nouvelle rubrique hebdomadaire tenue par le grand Imperatør a tout simplement deux buts : l'agression auditive et l'agression auditive. Chaque semaine, cinq stream bandcamp, cinq groupes, le tout le plus cintré possible. Sur ce, je vous souhaite bonne chance.
   

vendredi 1 février 2013

Fanisk - Insularum

Fanisk, c'est une sacrée paire d'énergumène. Alors que depuis 2003 ces jeunes enfants de putain n'avaient rien sorti, les voici dix ans plus tard, directement chez Darker Than Black, avec un Insularum ariosophique comme ce n'est pas permis.

Ce que l'on peut voir tout d'abord c'est - bien que l'on reconnaisse un son proche de Noontide - que les parties black metal sont très épurées. Le tout peut-être encore plus aérien qu'avant (en sachant rester martial, recette magique), un son des hautes-sphères. Au panache incroyable de ce black metal s'ajoute quelques nappes de claviers et une ambiance tellement paisible et emprunte de magie qu'à certain moments cela en devient presque oppressant.
Un Kataxu maniéré et incroyablement noble.

Le côté martial plein de majesté est toujours bien-sûr à rapprocher de ce que le groupe appelle "esoteric art in service of the Black Sun". Comme le disait Deneb-tala dans son très bon article sur Nokturnal Mortum et le NSBM, ne jouons pas la carte de l'hypocrisie ici. Le NSBM a ceci d'intéressant qu'il arrive (parfois) à prendre le bagage du nazisme - de manière sincère ou non - et à en faire un rendu qui laisse totalement sonné. Le principe étant de prendre ce bagage, tant composé de provocation, que de négatif et de positif à leurs yeux pour en faire une chose de finalement esthétique, bâtarde, en quelque sorte tellement inacceptable et utopique que c'en devient presque convaincant.
Fanisk navigue dans ces eaux troubles, livrant un album de Black initiatique aux remous océaniques. Il débute sur un sample de Cobra Verde : "I long to go forth from here to another world" (Kinski). C'est l'annonce d'un voyage ou même d'une transe qui dépasse l'humain. Océanique mais aussi cosmique, Fanisk rejoint le krautrock avec Midnight Odyssey, dans un psychédélisme hallucinant. Certains passages dans Enantiodromia pourraient presque être un hommage façon "kosmiche" à Halo Manash. C'est par ailleurs une chanson extrêmement puissante, propices aux visions et à l'anxiété d'une force peu commune - s'inspirant des travaux de Jung.

Avec les passage acoustiques on se sent renaître dans une Antiquité fantasmée, survoler l'histoire humaine et dès que le Black Metal reprend c'est un éclat de puissance, d'une noirceur brillante qui nous enflamme. Les couleurs, les formes et les sons s’entremêlent avec une rare magnificence, et n'est pas sans rappeler l'esthétique de Leni Riefenstahl, fuligineuse et pure, dans Olympia.
Les échos enivrants ne font que s'entremêler encore plus réalité et mythologie, et dans quelques traits fulgurants, dans un élan inique, nous voici projetés dans un temple dressé à la gloire d'un occultisme ancestral, rassurant mais si... différent de ce que l'on connait déjà.
La musique de Fanisk s'organise dans un triptyque :
Alors que Departure Golden Rose était froide et violente, Arrival Black Lotus est solaire, chaud, divin.
La Golden rose est un symbole de l'invocation de l'énergie cosmique en alchimie, tandis que le Lotus est la renaissance (solaire) et la pureté. Un départ vers les cieux et comme une déification s'opère au court de l'album, un ravage sur-humain dans un chemin de magie et de réflexion dépassant l'entendement.

Le mélange rock progressif, neo-classique, black metal, martial, avec quelques touches symphoniques peut paraître ambitieux mais Insularum est tout simplement l'album le plus majestueux et ésotérique du black metal de ces dernières années, tout en restant discrètement très expérimental et ostensiblement transcendant. Le son marbré, moiré, est simplement parfait, tout est audible et dosé. Ces quelques minutes d'éternité valaient dix ans d'attente.
Une grande expérience éblouissante, abyssale, totale.

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