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samedi 2 mars 2013

Yansen - Schamanensang

"Ô de notre bonheur, toi, le fatal emblème !" (Mallarmé, Toast Funèbre)

 Là où un groupe comme Wardruna magnifie la musique traditionnelle et rituelle de son pays, la rendant entraînante et, en réalité, la remettant du coup à jour, Yansen se rapproche beaucoup plus de la vision que l'on devrait avoir de la musique traditionnelle : un vieux sage entrain de déblatérer des mantras incompréhensibles avec les quelques dents qui lui reste, accoudé sur sa tige de chêne millénaire.

En vérité, ce Schamanensang se rapproche beaucoup des travaux de chez Aural Hypnox - où plus précisément de la "Ur-music". La musique primitive. On y retrouve des fragments proches de l'amérindien, mais aussi parfois étonnement imprégnés des chants tibétains. Le chanteur de Yansen truffe son chant de polyphonie - et au final on s'éloigne de ce "faux-rituel" qu'émule si bien Arktau Eos pour adopter le style chant indien avec un peu plus de reverb' pour un côté un tantinet dark ambient. Mais point trop n'en faut. C'est le minimum syndical, Yansen n'est en fait pas charmeur du tout : et il n'y a pas besoin de grand chose pour leur musique. Quelques clochettes, une voix d'édenté, un didgeridoo discret, un tambour plat comme l'encéphalogramme d'une huitre et une guimbarde. Pas de surfait, pas de séduction avec un mix aux petits oignons. C'est rituel, donc c'est raw, et c'est tout.

Le côté très oppressant du disque plombe peut-être un tantinet le côté authentique, tout comme le syncrétisme (culture nordique, mongol, amérindienne, vietnamienne, péruvienne, de Touva [cf.Oidupaa Vladimir Oiun], voir australienne avec le didgeridoo). Mais le fait est que le départ vers le royaume des Dieux, vers l'illumination, est rapide, inquiétant et le shamane n'est pas là pour nous tenir la main lorsque l'on combat les esprits après avoir avalé des champignons à la toxicité plus que dangereuse.


Yansen a ceci de particulier que l'on imaginerait le gus jouer au milieu de nulle part, dépouillé et rustique comme sa musique, mais ce n'est pas le cas. Le projet d'Alexei Tikhonov vient de Berlin, et donne dans une musique rituelle qui, pour une fois, ne fait pas dans la dentelle, dans la beauté ou le païen romancé. C'est rude, brut de décoffrage, et à l'univers un peu psychotique - sûrement dû aux substances souvent utilisées dans les rituels traditionnels. Enfin un groupe qui se rapproche sans trop de fioritures de l'ancien du village qui pète un câble et convulse en balbutiant des assemblages de mots dans sa langue natale.
Un groupe qui pourrait finir sur l'intéressant blog Ritualistic Nature, que je vous conseille si ce genre de musique vous intéresse.

Téléchargement gratuit chez le label

dimanche 19 février 2012

Nox - Thul Okgha

Le Dark Ambient, sous-genre maltraité et oublié à tord. Car du noir se forment parfois des joyaux... (non pas les Joyaux de la Princesse, je vous vois venir bande de chenapans).
Nox est un des - multiples - projets de... Nox. Passons sous silence le fait que cet homme est détestable et ne retenons que le fait qu'il est un véritable amérindien. Car c'est de cette source que Nox puise toute son occulte force.
Ici, basse groovy à fond, sons encore plus célestes qu'une pluie d'étoiles mortes, et incantations magiques en fond. Vous lance-t-il un sort à travers cette mystérieuse entité musicale ?...
Si c'est le cas, alors il a réussi son coup, car je suis bien sous le charme. Les percu' tribales sont du meilleur effet par dessus le dark ambient bien glauque, de même que l'usage du violoncelle distordu. C'est mixé avec raison, composé avec folie et ça pue vraiment la jungle mourante et étouffante. Pour autant c'est un beau voyage à travers un rite d'initiation. Nox ne se prive pas d'éléments sortis de toute part - comme la guitare presque orientale de "Luh'mi'nagh" ou le chant Black Metal de la chanson éponyme avec ses hallucinations noise - et d'une certaine magick pour nous plonger dans son délire shamane. Les airs se retiennent, se danseraient presque ("Una' Gash"), ça sort des tripes, c'est un festin empoisonné. Vraiment unique dans son genre. Amateurs d'expériences musicales et autres onéironautes, donnez-vous corps et âme à cette petite cassette qui saura sans mal vous porter vers de lointaines et improbables contrées.

On écoute et achète chez l'ami FWR